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heureusement musclés et valeureux
Alors que je passe sous le pont des Fous Rires, une fille me tombe dans les bras. Elle vient de se jeter du parapet comme un cheval dans la soupe. Pardon ! un cheveu sur la soupe. Que vais-je en faire, mon cheval étant de bois ? Pas le cheval, mon cœur. Aussi pourquoi les avais-je tendus, les bras ? Sans doute voulais-je bénir la foule qui se presse sur la Grand-Place au bout de la Grand-Rue qu’enjambe le pont des Fous Rires ; et m’exerçais-je à accomplir ce geste réclamé furieusement par une foule en adoration. Mais bénir des idolâtres, une femme sur les bras, n’est point une mince affaire. Je dois m’en débarrasser au plus vite en la jetant en pâture à tous ces mâles assoiffés de chair relativement fraîche.
Ce que je fais, un léger sentiment de lâcheté me courbant un rien l’échine. Mais le spectacle en vaut la peine. Cela est pour moi grande satisfaction de voir la femme que j’avais sur les bras se faire dévorer en un rien de temps par des milliers de baisers de mâles en manque de beautés présentables, tant leurs mégères leur en font voir des rances et des trop mûres.
Je m’aperçois avec fierté que celle que j’avais sur les bras est comblée. Elle est noyée de baisers dont certains, je dois l’admettre, sont plus baveux qu’un ado devant un porno. Mais comme elle ne va point tarder à être piétinée, je ne crois pas que cela l’importunera beaucoup. Elle aura juste le temps de liquéfier son rimmel avec ses larmes de désir trop assouvi.
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