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Je me surveillais du coin de l’œil. De tout le fond de mon crâne à vrai dire. Je guettais mes émotions en attendant. Les sensations s’avéraient verticales la plupart du temps. De bas en haut.
J’avais un mal de chien à les transformer en mots et quand c’était le cas, des phrases se mettaient à tourner en boucle régulières, ou des micro-poèmes, des théories cyniques, des refrains pourris. Je me regardais faire en souriant car il m’était quasi impossible de pleurer sur mon sort tant celui-ci me semblait étranger et lointain. Quelqu’un me voyait trembler de trouille devant le moindre souci, le plus petit grain de sable dans l’engrenage fragmenté, ce quelqu’un c’était moi engoncé dans un manteau trop chaud. J’étais pour ainsi dire toujours en nage. On prend de ces suées à regarder son corps se tromper. Disons que soixante dix pour cent de mes émotions étaient sordides, à teneur négative. Quinze pour cent de mon temps était passé à m’impliquer dans le présent. Quinze pour cent de ma vie j’étais heureux, j’exultais, mes doigts tremblaient et mon thorax se verrouillait. Je buvais beaucoup trop aussi et me regardais boire beaucoup trop et m’invectivais à boire davantage et à révéler enfin les vérités qui dérangent à mes proches, vérités dont je ne me souviens plus aujourd’hui. Dans la rue je regardais mes pieds, mes mollets légèrement arqués, mon ventre osciller, je m’entendais marcher, je m’écoutais parler quand je croisais quelqu’un, je m’en voulais d’avoir peur de ressortir de l’instant comme j’y étais entré, le monde se tenait encore un peu plus loin derrière, entre lui et moi il y avait des barbelés tendus comme de simples fils à linge autour de mon âme vide.
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