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Je suis assis tout tremblant. La tête me tourne devant la table circulaire. Ils viennent de prendre ma tension : 18/11. Ils disent que c’est normal les premiers jours, qu’il faut que je me calme un peu et que les choses se tasseront.
Eric le Rouge est assis à ma gauche. Il a un physique scandinave, les cheveux blancs, le nez huileux. Sa hanche est nécrosée suite à un coma de quatre jours où le sang est venu pourrir l’os. Il me raconte que les premiers jours de son sevrage, les spasmes étaient tellement violents qu’il lui arrivait de gicler par-dessus les barrières sur les côtés du lit à l’hôpital.
A gauche d’Eric, Corinne se plaint de dépression et de flatulences. Elle dit d’un ton monocorde qu’elle chie toujours le maïs intact après l’avoir avalé. « Et pourtant bien mastiqué » elle ajoute, et tout le monde rit aux larmes à cause de cet enzyme miraculeux qui reconstitue le maïs dans son ventre. Isabelle est assise en face de moi. Le Colonel à ma droite prétend qu’il peut boire jusqu’à 11 litres de vin rouge par jour quand le cœur lui en dit. Il rote, ses yeux sont humides, se plaint des appareils à tension électroniques.
« Et toi tu restes combien de temps ? » me demande Isabelle.
Je suis occupé à me servir de la soupe au tapioca. Ma main droite qui tient la louche tremble désespérément, je glisse la gauche à hauteur de mon coude pour arrêter le massacre. Je repose la louche en silence, jette un œil aux appareils dans la salle de défoulement attenante. Le vélo d’appartement, le banc de musculation, le rameur. Je ne regarde pas Isabelle.
« Dans trois jours je suis parti » je fais en secouant la tête. Sans doute est-elle déjà trop occupée à boire sa soupe, car elle ne me répond pas.
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