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On ne sait pas le matin en se levant si on se couchera intact le soir venu, je ne veux pas dire physiquement, ça, c’est encore assez facile, quoique.
On peut écraser un gosse. C’est si vite fait. Même en respectant les panneaux et tout ça quoi ; un gosse qui sort d’entre deux bagnoles garées, sans regarder. Ça ne fait pas plus de secousses que si on se choppe un gros chien quoi, enfin vous voyez ce que je veux dire. On peut aussi foutre le feu à une putain de forêt en tirant sur son clope ; faire mourir la mémé de pétoche en lui tirant son sac. La liste et longue des trucs qui nous empêche de se coucher intact. Et vous savez quoi ? L’innocence n’existe pas. Même quand t’es tout môme. Tu brailles la nuit, ça énerve ton père ; il fera la gueule où il fera danser ta vieille d’une drôle de valse, peut-être même toi, s’il en a vraiment mare de cogner sur le gros tas qu’à toujours la migraine. Moi j’trouve ça moche de filer des taloches au p’tiot pour qu’y tienne bien droit. Mon vieux n’a jamais su ce que c’était de se coucher intact si on va par là ; mais ce n’est pas de lui dont il s’agit n’est-ce pas ? Vous n’êtes pas venus à quatre pour m’écouter philosopher, hein les gars ? Je les ai saigné, c’est la vérité. Oui, tous les deux, mon frère et sa pute. Pour le pognon de l’héritage. Celui qu’ils m’ont volé ; il y a longtemps. Si je vais me coucher intact ce soir ? Toujours plus intact qu’eux, inspecteur ! Vous avez vu le travail ? Jamais su me servir proprement des couteaux ; à la ferme quand j’étais môme, il me tapait. Je gaspillais en pelant les patates qu'il disait. Bon, on y va ? J'ai sommeil et j'ai faim.
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