|
C’était la porte qu’il ne pouvait pousser. Il savait pourtant ; en fait non, il ne savait pas.
Il savait ce que les autres en disaient. Qu’il ne savait pas pousser la porte. Et les autres confondaient pouvoir et vouloir ; en fait non, où du moins pas consciemment, pas volontairement, et s’ils le faisaient, lui ne s’en doutait pas, donc n’en souffrait pas. C’était là le seul avantage lui avait-on dit un jour, enfin, pas à lui directement, mais ces mots s’entremêlaient en rebondissant et cette porte, cette porte, cette putain de porte qu’il ne pouvait pousser parce que c’était comme ça malgré la forêt des sarcasmes, malgré les marécages douloureux de l’impuissance s’ouvrait aléatoirement, au grès des passages des autres qui ne correspondaient que rarement à ses besoins. Ses besoins ? Il les faisait devant cette porte. Où derrière. Tout dépendait du point de vue que l’on adoptait mais le point de vue étant lui-même une vue de l’esprit, ce concept ne pouvait l’atteindre, ou alors par une sorte de ricochet. Oui, les choses ne l’atteignaient que par un ricochet, mais finissant, une espèce d’onde, quelque chose de faible, enfin, de non dérangeant. Alors quand cette vaguelette débile l’atteignait c’était trop tard et la porte avait encore gagné ; l’onde était faible, il n’en retirait donc aucune énergie, juste une frustration qui lentement, très lentement, s’ajoutait en sédiment vénéneux aux couches frelatées de ses consciences rigides et résignées devant cette porte, qu’il ne savait, qu’il ne saurait jamais ouvrir.
|