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Être !
Arrachant le lierre grimpant le long du tronc des vieux arbres de mon petit domaine, je mets au jour des cloportes qui grouillent dans les creux de l’écorce. Ces minuscules isopodes, se dispersant par agglomérats grisâtres dans une apparente panique – encore que je ne sois pas dans leur infime cervelle pour ressentir exactement ce qu’ils éprouvent –, me font penser à un stade bourré de supporteurs en train d’en découdre avec le camp adverse, à une manifestation « d’honnêtes travailleurs » chargés par des CRS, et autres foules enragées ou désemparées…
Comparer ces personnes à des cloportes, n’est-ce point là manifester un mépris envers l’humanité !? s’exclamerait une belle âme si elle avait droit au chapitre. Mais ne suis-je point souverain dans mon écriture et mes idées ? Si, bien évidemment. Je me permets donc. Et quel autre juge que le lecteur pourrait me condamner ?
Le lecteur, justement. En voilà un qu’il me faudrait soit caresser, soit hérisser. Si je le caresse, il sera certes satisfait, mais je risque qu’il doute de mon honnêteté intellectuelle. Si, par contre, je le hérisse, me traitera-t-il de manipulateur cherchant avant tout à se faire remarquer ?
Ne vaut-il pas mieux de ne point m’interroger ? D’écrire comme me vient cette fameuse « inspiration » tant espérée par le poète, en supposant que ce petit texte que vous venez de lire aura mérité une ou deux minutes de votre temps que je sais précieux.
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