Par hasard, les réalisateurs les ont rencontrés au bord de la route, dans des bars. Ce sont des Américains ordinaires, des inconnus. Des types qui se camouflent du soleil, de la poussière et des questions, sous des casquettes en tissu délavé ou derrière des lunettes à verres fumés.
Jess, Tommie Holliday, Keer, Palmer Black et Gordon ne sont pas des personnages de fiction. Ils sont mieux que ça. Des archétypes réels de l'anti-héro américain, celui pour qui le rêve s'est mal goupillé, celui du film de Wim Wenders Paris, Texas (1984). En observant Jess, 64 ans, filmé à Needles (Californie), on pense en effet au personnage de Travis (Harry Dean Stanton) dans le film du réalisateur allemand. Tout y est, sauf que Travis-Jess a pris un coup de vieux, et qu'il n'a pas renoué avec son fils, ni avec sa femme. "Des regrets ? J'en ai un paquet, mais je ne peux rien y faire...", conclut Jess à la fin de l'entretien qui lui est consacré (en anglais non sous-titré pour le moment).
UN ROAD-MOVIE DE RENCONTRES
Le réalisateur d'Elephant Man (1981) et Une histoire vraie (1998), le cinéaste David Lynch, est le producteur et le présentateur de cette série de mini-documentaires en forme de road-movie. Mais la réalisation et le montage reviennent à son fils, Austin Lynch, et à son ami, Jason S.
Pendant soixante-dix jours, avec Angie Schmidt et Julie Pepin (qui ont conduit les entretiens), les deux réalisateurs munis de caméra ont sillonné les Etats-Unis. Un voyage de plus de trente mille kilomètres, au gré de rencontres fortuites. Chaque fois qu'ils l'ont pu et qu'ils ont eu envie de le faire, ils ont demandé à des Américains de leur raconter leur histoire. Un projet si simple qu'on pourrait le croire sans relief. Les cinq premiers volets de la série de portraits qui en résulte prouvent tout le contraire.
En trois minutes, sans commentaire, Austin Lynch et Jason S. parviennent à raconter un homme, une vie par le son et par l'image, à évoquer un pays et ses espaces, aussi. "Nous avons commencé le montage lorsque nous sommes rentrés à Los Angeles, après le tournage. Cela a représenté une part essentielle du projet, nous y avons passé un an. Pour chaque entretien, nous avions entre trente-cinq minutes et une heure de rushes. Au final, chaque épisode dure en moyenne trois à cinq minutes", expliquent les deux jeunes réalisateurs, avant de poursuivre : "Ce que nous souhaitons, c'est que les spectateurs se sentent proches des personnes rencontrées."
Mi-juin, le site dédié à ce beau projet avait été visité plus de 500 000 fois. Certes, le nom de David Lynch contribue à ce succès. Il n'en est pourtant pas moins mérité.
Hélène Delye
http://interviewproject.davidlynch.com/www/#/all-episodes/022-joe_bratton
