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"Give me your eyes that I might see The blind man kissing my hand"
Ma femme est couchée de côté, son peignoir blanc relevé sur ses hanches, grossièrement déshabillée donc. Le type se tient raide comme un cierge, étendu derrière elle de la même façon, dans la position dite de la cuillère. Il semble attendre un ordre venu du ciel, appuyé sur le coude, et puis brusquement saisit son pénis et l’enfonce à l’intérieur de Valérie. Celle-ci ne peut réprimer une grimace de dégoût et d’indifférence mélangés. Elle se met à converser avec moi à propos de nos dettes, de notre enfant, de nos possibles futurs atermoiements. Ce qui me frappe d’emblée, c’est le rythme métronomique du jeune homme, son visage impassible dans les coulées de ce rythme, ses cheveux bruns coiffés en brosse qui ne se soulèvent pas. Nous discutons elle et moi d’une probable rupture en douceur. Elle attrape la tête du lit de sa main droite et ses ongles se replient sur le faux chêne. Le type en profite pour accélérer le tempo, glisse une main entre les cuisses de ma femme, juste sous le ventre, et j’aperçois ses phalanges qui tracent des cercles parfaits à toute vitesse. La conversation cesse. Un œil de Valérie est parti dans le vague, le type augmente encore sa cadence. Bientôt les hurlements étouffés dans les larmes de joie, bientôt les cris de Munch en version ralentie, bientôt les corps qui se soulèvent et perdent leur droiture, bientôt on entendra la marée montante dans la gorge de ma femme. J’essaye de ressentir quelque-chose, mais rien ne me vient.
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