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Mes doigts auraient-ils du talent ? |
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Ce qui reste à prouver
Je ne contrôle plus mes doigts. Ne voilà-t-il point qui se précipitent sur le clavier ! Qu’ils enfoncent des touches sans la caution de ma cervelle. Que s’alignent des mots bêtes et disciplinés. Que l’écran se remplit d’insectes noirs qui ressemblent à des lettres de ma langue natale… Et qu’il en ressort un texte dans les normes admises par l’Académie !
Je viens de leur donner une autre occupation : rouler une cigarette. J’en ai bien besoin. Sans tabac, déjà que mon cerveau m’échappe, je serais bien malheureux. J’ai donc besoin de mes doigts pour m’en rouler une. Cela me permet de les occuper autrement durant ce laps de temps. Mais je les sens nerveux. Ils ont hâte de retourner au clavier. Ils ont d’abord déchiré le papier. Puis ils sont parvenus enfin à me rouler une clope informe, mal tassée aux extrémités, trop au milieu. Qu’importe ! Je l’allume et aspire la fumée. Il était temps !
Les voilà de nouveau au clavier. Ils sont contents. Un peu débridés, peut-être, mais contents. Ne me reste plus qu’à supposer que ce qu’ils tapent satisfera le malheureux qui lira ces lignes. Elles ne sont pas de moi. Ce sont mes doigts ! Peut-être ont-ils du talent, in fine.
L’ordi, lui, il s’en fout. Il enregistre tout et n’importe quoi, commande à l’imprimante de vomir du papier noirci ; puis il patiente comme une vitrine de librairie qui reflète le chaland alléché par des livres dont on parle à la télé.
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