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Oui, quand ?
Personne ne m’a encore lu. À quoi bon se triturer la cervelle, s’acharner d’avoir un style, chercher des images rares, des idées originales ! J’aimerais vivre tranquille. Je voudrais être bon époux et bon père. Mais voilà ! L’écriture m’est nécessaire. Je ne puis passer à jamais mon temps au travail stupide qui est le mien. Je voudrais être un écrivain. Un grand !
Mais il me faut gagner de quoi subvenir aux besoins de ma famille. Ce qui pour moi est une tâche insupportable. Quelle inconscience aussi que de m’être marié avec celle que je croyais aimer ! Quelle suffisance que d’avoir voulu des enfants ! Je suis piégé. Je n’ai pas le courage de tout laisser là, de partir dans une contrée où vivre ne demande que quelques euros, où le soleil et une masure suffisent au bonheur ; où écrire serait ma seule activité.
Pas le courage... Je travaille comme un imbécile. Je suis comptable. J’aligne des chiffres, des tableaux, des bilans ; j’additionne ou soustrais, je multiplie, je divise des abstractions qui font les sourires ou les grimaces de mon patron. Je n’ai jamais eu le cran de détourner le moindre centime…
Et quand je rentre chez moi, ma femme m’engueule, et mes enfants – des ados – se foutent de moi, de mon costume ringard, de ma mine fripée, de mon air penaud…
Mais je vais partir ! Je vais écrire à fond ! Je ne sais pas quand, mais je vais le faire. Adieu femme, enfants, patron ! Quand ? Quand ? QUAND ?!
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