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Nocturne pour un chat de gouttières |
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Une nuit au balcon
Ne pas me laisser intimider par ce morceau de lune accroché là-haut. Je rase les murs et flaire sa trace, saute sur la terrasse et fais ventre plat sur les pierres chaudes. Je guette, brûle, m'enflamme. Et je la sens, longtemps avant de la voir. Indolente et cruelle, dispersant l'odeur de sa fourrure dans l'air du soir, à faire glisser le velours de ses pattes dans la poussière d'été. Une vraie beauté, envoûtante et racée. Mon pelage râpé et mes vilaines cicatrices sont une injure à sa grâce féline. Mais toi qui veille au plafond du ciel, tu sais bien que la nuit tous les chats ont la même couleur. Tu vas faire scintiller mes pupilles et mon dos tu lustreras pour que ses griffes soient moins acérées quand elle décidera de s'offrir. Nous allons danser puis hurler, réveiller les humains engourdis dans leurs cauchemars et leur faire savoir que l'amour n'est pas chose réservée à leurs corps raides, que les violentes étreintes que nous partageons ne sont pas des simulacres de tendresse mais un tumulte sauvage et volcanique qui raye le silence de sa poudre explosive. Voilà que la lune s'éteint au matin tout petit, laissant les chairs abîmées et la nature secouée. La brûlure s'apaise, je m'étire et découvre brutalement que ma douce s'est enfui portant dans son ventre secret la graine de nos deux vies ! Je retourne à mes chimères, le corps meurtri et léger ...
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