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et fier de l’être
Parc et pelouses sont impeccables. Et mes massifs de fleurs ! C’est le paradis chez moi. Mon épouse et mes enfants m’adorent. Nous prenons le soleil au bord de ma piscine. Le saphir liquide chatoie. Je suis heureux. Bon, j’oubliais. C’est chez nous. C’est notre paradis : un domaine entretenu par une armée de domestiques. NOUS sommes heureux.
Je l’ai bien mérité. Je suis un chef d’entreprise. Je travaille dur. Mais ça me plaît. Je suis comme ça. Je suis né pour apporter ma pierre au vaste édifice de notre civilisation. Tout me réussit. Je viens encore de conclure un fabuleux marché avec un client haut de gamme. Je lui ai vendu un lot de bulldozers et de pelleteuses pour défoncer une immense forêt primaire afin d’y faire passer une autoroute. Je crois savoir que cette forêt est un sanctuaire pour faune et flore, et sacrée pour les aborigènes du coin. Qu’en ai-je à faire ! Ce n’est pas moi qui devrai m’affronter à eux. La multinationale est assez puissante pour les chasser de leur territoire ancestral. Quant aux écolos... des agités sans pouvoir. Ce qui importe, après tout, c’est que notre civilisation avance. Que l’on puisse continuer à construire des villes, des autoroutes, des usines, des machines et autres produits de notre technologie… Et je suis là pour fournir à ceux qui le demandent de quoi satisfaire leur soif de conquête.
Je surprends parfois dans le regard de mes enfants une lueur de mépris. Mais je me trompe. NOUS sommes heureux.
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