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On m’assure, on me prie, on m’exhorte de bien vouloir croire à mon inexactitude, à ma tromperie, à mon désordre mental, quel désordre mental si ce n’est celui de l’atroce et indigne vérité ?
Je suis obèse. Ce n’est pas faute de le répéter, ce n’est pas faute d’en souffrir éperdument. Je suis obèse, les bras m’en tombent, leurs poids est tel que j’en perds l’équilibre et m’affaisse comme une mouche dès le moindre coup de vent. Mes jambes petites et rondouillettes souffrent d’un pas rapide, d’une pente trop raide, d’un escalier trop abrupte. Je suis obèse, et je pleure ma peau tendue, mon ventre tout rond, tout dilaté, tout branlant. Je suis obèse et je geins mes joues pleines, ma langue volumineuse, et mon menton double, triple, quadruple, quintuple, je n’ai pas assez de doigts pour compter. Je suis obèse et je regrette mes achats, une robe ample pour cacher cette vilaine poitrine, un poncho mexicain pour souscrire aux regards indiscrets mes épaules larges, je suis obèse, et je me passerais bien volontiers de vous décrire mon corps sujet au dégoût, je suis obèse, et j’envie ces femmes élancées à qui tout sourit, les hommes, les fillettes, les grands-mères conquises par tant de charme et d’élégance, toutes les générations y passent, et si je n’avais pas mon hamster pour éponger mon chagrin, je ne sais pas quel serait mon état actuel. Je suis obèse, o comme ornithorynque, b comme buse, e comme énormissime, s comme saucisson, e comme « encore un e ! ».
Je suis obèse et mon cœur est vide.
Je suis obèse et mon âme est aride.
Je suis obèse mais je tiens bon.
Encore 35 kilos qui me séparent de la mort.
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