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dans ce monde pervers
Deux cheveux blancs ! J’ai eu quelque mal avec les autres. Il m’a fallu un miroir grossissant pour les examiner. Je voulais être sûr qu’il n’y en ait que deux. Me voilà rassuré. Je suis encore jeune et je coule des jours heureux avec ma tendre épouse et mes adorables enfants. Fonctionnaire, je n’ai nul souci à me faire pour mon emploi et ma lointaine retraite. Le remboursement du crédit pour la construction de notre pimpante maison est arrivé à terme. Elle est entourée d’une pelouse impeccable. Quelques arbustes ornementaux et une piscine agrémentent cette demeure sise dans une cité résidentielle. Deux voitures dans le garage, des voisins délicieux, des commerces à proximité, le travail à quelques minutes par une large voie à la circulation fluide, une tâche minime de bureaucrate serein – une vraie sinécure –, un intérieur tenu par une fée du logis, des soirées paisibles avec ma petite famille, des nuits dans les bras de celle que j’aime. Que désirer de plus ? Et pourquoi ces deux cheveux blancs ?
Aurais-je oublié que ma belle-mère va venir habiter chez nous, suite au décès de son mari ? Qu’elle va me rappeler sans cesse que ma charmante et jolie épouse pourrait devenir ce tas de chair rance habitée d’un cœur sec, d’une hargne perpétuelle et d’un désir froid de faire du mal. C’est sans doute pour cela que mon beau-père est mort. Qu’il a laissé toute la place à la méchanceté. Et c’est pour cela aussi que je commence à me faire des cheveux blancs.
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