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Un homme encore heureux
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Écrit par Georges Elliautou
  
dans ce monde pervers


Deux cheveux blancs ! J’ai eu quelque mal avec les autres. Il m’a fallu un miroir grossissant pour les examiner. Je voulais être sûr qu’il n’y en ait que deux. Me voilà rassuré. Je suis encore jeune et je coule des jours heureux avec ma tendre épouse et mes adorables enfants. Fonctionnaire, je n’ai nul souci à me faire pour mon emploi et ma lointaine retraite. Le remboursement du crédit pour la construction de notre pimpante maison est arrivé à terme. Elle est entourée d’une pelouse impeccable. Quelques arbustes ornementaux et une piscine agrémentent cette demeure sise dans une cité résidentielle. Deux voitures dans le garage, des voisins délicieux, des commerces à proximité, le travail à quelques minutes par une large voie à la circulation fluide, une tâche minime de bureaucrate serein – une vraie sinécure –, un intérieur tenu par une fée du logis, des soirées paisibles avec ma petite famille, des nuits dans les bras de celle que j’aime. Que désirer de plus ? Et pourquoi ces deux cheveux blancs ?

Aurais-je oublié que ma belle-mère va venir habiter chez nous, suite au décès de son mari ? Qu’elle va me rappeler sans cesse que ma charmante et jolie épouse pourrait devenir ce tas de chair rance habitée d’un cœur sec, d’une hargne perpétuelle et d’un désir froid de faire du mal. C’est sans doute pour cela que mon beau-père est mort. Qu’il a laissé toute la place à la méchanceté. Et c’est pour cela aussi que je commence à me faire des cheveux blancs.

Commentaires
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Sylviane Kerivel   |2009-04-29 12:50:53
Bien aimé ce soufflé de bonheur paisible qui monte, monte ...
Puis retombe d'un coup, sous la menace réfrigérante d'une belle-mère acariâtre et coupante !
De quoi se faire un paquet de cheveux blancs ;-)

Réponse de l'auteur :

Un bonheur égoïste, sans doute. Et un retour au réel quand on sort de sa coquille. Merci Sylviane.

Claude Cordier   |2009-04-29 16:51:06
Trop bien évoquée le vieillissement du corps et que dire du dépérissement du cerveau, de la mémoire.
En ce cas les cheveux blancs ne sont rien. Continuons à lire, à écrire, à créer, à jouer et faisons fi des signes extérieurs de la vieillesse, afin d'éviter cette terrible épreuve imposée aux être aimés : la débilité et son agressivité morbide qui fait que l'on ne sait plus aimer quelqu'un qui vous rejette.

Réponse de l'auteur :

Tu as raison, Claude. Ecrire, en autre, nous sauve de la dégénérescence. Merci pour ton com'.

Gérard Menvussa  - Bouillon de culture   |2009-05-01 22:12:04
Il existe des bouillons pour les belles mères acariâtres.
Faut lui proposer de lui couper les cheveux à la vieille... avec la tondeuse à gazon.
Bon, je rigole mais si c'est vrai, c'est pas marrant.

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