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(thème d'avril)
A force de croiser des fantômes, j’en étais arrivé à avoir quelques doutes sur ma propre existence.
Mon existence propre. L’idée même que mon existence puisse m’appartenir avait quelque chose d’indécent. L’idée de cette fille qui marche dans la rue aussi. Cette fille qui marche librement. Elle déroule le fil des pavés en enjambées souples. Elle se fond sur ce décor de ville : on dirait qu’elle absorbe tout ce qui l’entoure, qu’elle le digère puis qu’elle le rejette en taches colorées. Cette fille se tague sur les murs. C’est dingue ! Rien n’arrête son évolution lente. Rien ne l’accélère. Rien ne la ralentit. Il y a comme quelque chose qui s’échappe de sa propre existence. Quelque chose d’impossible à rattraper. C’est là que je me suis arrêté. J’ai barré toutes les routes qu’elle à empruntées. J’ai peint des passages en dehors des clous. J’ai illimité les vitesses. On allait voir comment elle déroulerait encore ses longues jambes ! On allait attendre le passage de son train de vie !
Je me suis trouvé un coin à l’ombre d’un arbre de ville. En plein boulevard, je me suis trouvé un très bel arbre de ville avec une branche accueillante. Une branche bien droite, robuste et qui pourrait me soutenir. Je me suis adossé au tronc, j’ai fermé les yeux et j’ai respiré.
Prenez un boulevard, un arbre de ville et une fille à grandes enjambées. Regardez seulement quand elle est passée. Ça ne doit pas être difficile.
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