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Piqûre de rappel de ma courtoise haine |
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Je l’ai vu se construire. Chaque jour depuis les fondations, j’en ai mesuré sa progression.
Chantier balbutiant sous le soleil précoce d’avril, ralenti au gré des giboulées tardives, effervescent dès la chaleur printanière installée. De retour de ma promenade matutinale au village avec le panier chargé du pain d’une livre cuit feu de bois de chez Roussel, du menteur local acheté pour les avis de décès, d’une botte d’asperges vertes, supérieures en goût aux fadasses blanches qui n’offrent qu’une surface minimaliste à déguster, je constate satisfait, l’avancement des travaux ; rends en cette occasion un hommage appuyé aux ouvriers besogneux ne comptant temps ni peine ; à croire qu’en cette entreprise trente cinq heures et crise ne font partie du vocabulaire.
J’ai guetté les premiers locataires. La remise des clés a eu lieu dans les premiers jours de juin. Au début tout allait bien. Les occupants entraient et sortaient discrètement, presque subrepticement.
Personne dans le quartier ne s’était véritablement aperçu de ces nouveaux voisins. J’en étais heureux même si je ne me faisais pas d’illusions ; tôt ou tard, quelqu’un allait soulever le lièvre, crier au loup et charger la mule afin d’obtenir de la mairie une action rapide de maintien de l’ordre.
Reste à savoir si mon cher voisin va se faire envenimer par les frelons qui maintenant logent à quelques centimètres du chambranle de la fenêtre de sa chambre, et dont il ignore la sulfureuse proximité, avant qu’un pisse vinaigre ne me prive de ce pur instant de bonheur !
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