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Et si je vous parlais de ma dernière rencontre avec Olivier Hoarau ?
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Écrit par Hervé G.
  


23 janvier 2009 Soirée au Petit Bofinger.



Oui, tiens, parlons de cette rencontre avec Olivier Hoarau…







-1- Introduction bric-à-brac, totalement facultative (surtout pour ceux qui connaîtraient Olivier Hoarau). Vous pouvez directement faire glisser votre index à l’ongle un peu noir sur la partie « -2- Le jeu des devinettes ».



Je sais, ça fait du temps, janvier… avril, sur Internet ça devrait correspondre à, si mes calculs sont corrects, un milliard d’années-lumière, non ?



Mais quand on parle d’un ami, le temps n’a plus vraiment d’importance, un an, trois mois… on sait où il est, on pense à lui, on ne s’inquiète pas plus que ça (surtout bien moins que de la visite du contrôleur de la Sécu quand on est en arrêt maladie).



Bref, je voulais vous parler d’une réunion au sommet (en temps de crise, c’est bien la  mode, n’est-il pas vrai ?). Une réunion au sommet de l’amitié ; bien plus haut que les 4837 mètres de notre Mont-Blanc, (pointe rentrée et réservoir d’encre rempli à donf !), bien plus haut que Nicolas Sarkastik et un poil plus bas que Baraka AuBasMot, bien plus que tout… en un mot, en deux temps, en trois fois rien… un petit dîner entre amis : Olivier Hoarau et moi-je. DEUX, vous m’en mettrez deux… à consommer sur place… sur La place, la Place de la Bastille !



Vous connaissez Olivier Hoarau ? Alors vous êtes en train de sourire.

Vous ne connaissez pas Olivier Hoarau ? Alors vous y perdez au change, et bigrement, moi j’vous l’dis !



Olivier est un auteur-compositeur de textes difficiles à garer dans une catégorie, un peu hors gabarit, convoi exceptionnel, vous voyez ce que je veux dire ?



Olivier c’est, pour les plus snobs, un mélange de Max Jacob, d’Henri Michaux format limousine de luxe, le Jean Fauque de l’écriture Bashunguienne. Oui, Olivier, pour les moins snobs, c’est de la dynamite en vingt-six lettres, du L.S.D. en un paquet de mots figurant ou pas dans nos dictionnaires classiques.



Olivier Hoarau c’est un « Random-Accès-Mémorable », le genre de plume qui vous marie des mots qui n’auraient jamais penser convoler en de si injustes noces ! Le type qui fait rougir son clavier informatique, qui fait rugir son microprocesseur, et, aussi, c’est le mari fidèle et attentionné de Bénédicte. Point à la ligne.



Voila, la description est certes imparfaite, pas finie, émergente, en voie de développement, mais elle s’arrête là pour faire place au contenu  de ladite rencontre avec la sommité Hoarienne (enfin une authentique race pure).



Si vous rencontrez un jour un Olivier Hoarau en liberté dans n’importe quelle nature (hostile ou pas), ne vous arrêtez pas aux premiers abords (réservés, polis et les cheveux bien coupés comme un jardin à la française), contournez la bête, sentez lui l’arrière-train si vous doutez encore (Olivier n’est pas du genre à vous siffler trois fois de l’arrière-train dans les naseaux. Non, Olivier est bien éduqué, en tout cas bien mieux éduqué que ses textes…). Oui, faites le tour du propriétaire, pour voir… ou alors téléphonez en p.c.v. à Bénédicte,  son épouse, elle vous dira, elle, ce qu’aucune de vos caresses sensuelles ne pourra arracher à l’Olivier Hoarau sauvage et rebelle que vous tenez au bout de vos deux yeux ébahis et en voie d’humidification rapide. Oui, oui… ohhhh ouuuui, Olivier Hoarau est un chic type !



Donc, nous nous rencontrâmes, Olivier Hoarau et moi, nous échangeâmes, papotâmes, nous nous gaussâmes, nous nous lamentâmes, nous mangeâmes même, dégustâmes des fruits fraîchement cueillis dans l’arbre de la mer, nous trinquâmes allègrement (du blanc si je me souviens bien). Et Olivier Hoarau, fidèle à lui-même, me proposa un jeu…







-2- Le jeu des devinettes : l’un écrit une série de questions et l’autre joueur établit une série de réponses ; sans qu’aucun ne connaisse ce que l’autre a rédigé. On rapproche ensuite les deux listes dans l’ordre et ça donne, ça donne…

Cette soirée-là, avec Olivier Hoarau, ça a donné ça :





Qu'est-ce que le blanc?

C'est un employé de mairie chargé d'effaroucher les oiseaux.



Qu'est-ce que tu prends?

C'est un produit de qualité offrant toutes les garanties au consommateur.



Qu'est-ce qui te ferait plaisir?

C'est la priorité des chasseurs de soldes.



Qu'est-ce qui est petit et gros?

C'est une lettre d'amour en recommandé avec accusé de réception.



Qu'est-ce qui t'a mordu?

C'est un film extrêmement bien écrit et mis en scène, à l'envergure et à la cruauté des grands classiques.



Qu'est-ce que Béné t'a offert à Noël?

C'est du rock léger et bourré de vitamines.



Qu'est-ce qui roule sur la route?

C'est une clause dans le contrat de mariage qui m'interdit de faire du ski.



Qu'est-ce qui crie la nuit?

C'est une soirée dans une laverie automatique à parler de tout et de rien avec une fille ressemblant à Valérie Mairesse.



Qu'est-ce que tu as sur les doigts?

C'est la seconde précédant ma chute de vélo.



Qu'est-ce que le contenu de la boîte?

C'est une tache de café sur mon pantalon préféré.



Qu'est-ce qu'une raclette de marouflage?

C'est Doc Gynéco en train de faire du yoga.



Qu'est-ce qu'un bruit nocturne?

C'est rare mais c'est bon.



Qu'est-ce qu'une bonne idée?

C'est au fond du siphon.



Qu'est-ce qu'une carotte?

C'est un éléphant avec des chaînes à neige.



Qu'est-ce qu'une vision prémonitoire?

C'est une synagogue en plein milieu de Gaza.



Qu'est-ce qu'un porte-bonheur?

C'est malheureux mais c'est la vérité.



Qu'est-ce qu'un coq?

C'est un peu d'imagination et beaucoup de travail.



Qu'est-ce qu'un signe avant-coureur de la guerre?

C'est un chat se prenant pour un chien.



Qu'est-ce qu'un fin stratège?

C'est Baudelaire traduisant Soeur Emmanuelle.



Qu'est-ce qu'un épaississant?

C'est Soeur Emmanuelle se masturbant devant un poème de Baudelaire.





Mais Olivier et moi nous ne nous sommes pas arrêtés là.



-3- Jusqu’où nous sommes allés.





-3a- Mon apport personnel : j’ai profité d’un instant d’inattention d’Olivier Hoarau et de tous les serveurs du restaurant pour aller vomir mon repas entier dans les toilettes. A mon retour, le serveur apportant la note nous demanda : « comment avez-vous trouvé le repas ? ». J’ai préféré laisser répondre Olivier Hoarau même si, ce soir-là, celui qui n’était pas dans son assiette c’était moi plutôt que l’excellent repas partagé avec notre ami.





-3b- La contribution d’Olivier Hoarau : plus consistante, elle vous est livrée à domicile, sans emballage, à consommer sur place… un texte inédit et original d’Olivier Hoarau, inspiré par les questions-réponses ci-dessus. A vos marques, prêts ? Partez !





 

 Lorsque je m'agrippe à la barre verticale dans le métro, je vois bien les autres passagers regarder mes mains. Mais qu'a-t-il donc sur les doigts? se demandent-ils. (Les enfants n'hésitent pas à poser la question à haute voix à leur maman, qui fait semblant de ne pas avoir entendu, et augmente le son de son baladeur MP3).



 C'est simple : sur les doigts, j'ai des résidus de minutes.



 Là, si on regarde bien, on peut distinguer, sur l'auriculaire de ma main droite, la seconde pure, parfaite, interminable, précédant ma chute de vélo -et un cri terrible dans la nuit.



 (« Roule sur la route!  Tu verras: c'est super!» me criait mon épouse, en doublant Doc Gynéco. « Roule sur la route! » et voilà le résultat! La prochaine fois, je lui dirai de garder ses bonnes idées pour elle. Et je ferai du Vélib sur le trottoir comme avant.)



 Et là, sur le pouce de ma main gauche, on pourrait penser un peu rapidement que j'ai été mordu par une bête sauvage, mais en fait c'est le souvenir -plutôt agréable- d'une soirée à la laverie automatique en bas de l'immeuble, à parler de tout et de rien, avec une fille ressemblant à Valérie Mairesse (jeune) et qui m'avait donné, outre son numéro de téléphone, un excellent conseil afin d'enlever la tache de café sur mon pantalon préféré, en échange simplement de deux euros pour faire sécher ses larmes et ses petites culottes épaississantes.



 Je me souviendrai toujours de cette soirée à la laverie: on entendait dans le local où sont stockés les produits de nettoyage un homme caresser son épée, qui, par chance, ne coupait rien, en récitant avec fougue des poèmes de Charles Baudelaire. C'est aussi lors de cette soirée que j'ai eu la vision -est-elle prémonitoire?-, d'une synagogue construite en plein milieu de Gaza, à côté de mosquées magnifiques- et qu'une directrice de casting qui venait laver ses couettes et montrer ses nouveaux tatouages sur les cuisses m'a proposé de faire la figuration dans un film extrêmement bien construit et mis en scène, à l'envergure et à la cruauté des grands classiques, Le Porte-bonheur.



(J'ai dit non, merci.)



 Avant, avec mon épouse, nous avions une machine à laver personnelle, je gagnais bien ma vie: le matin, j'étais cadre dans une grande entreprise de transport, où mon boulot consistait à trouver une nouvelle excuse chaque jour pour expliquer le retard des trains, et, l'après-midi, j'étais employé à la mairie de Paris, en charge d'effaroucher les oiseaux. Mais c'était deux métiers stressants -c'est malheureux à dire, mais hélas! c'est la vérité: je ne supporte pas de travailler sous pression, il me fallait toujours plusieurs verres de blanc pour tenir le coup. Je me faisais régulièrement insulter, voire agresser physiquement, par les clients mécontents ou par  les vieilles dames qui nourrissent les pigeons.



 Un jour, après avoir lu les confessions de Soeur Emmanuelle, j'ai décidé de démissionner de ces deux emplois.



(« De toute façon, me rassura mon épouse, tu étais trop petit et trop gros pour ces jobs, qui demandaient en outre des qualités de fin stratège que tu n'as jamais eues ».)



 Tant pis si moins d'argent rentre à la fin du mois, l'essentiel, c'est d'être bien dans sa peau.



 Aujourd'hui, je n’ai plus qu’un seul travail : je vends dans un grand magasin de bricolage des raclettes de marouflage, un produit de qualité offrant toutes les garanties au consommateur, la priorité des chasseurs de soldes en janvier, et je suis plus heureux qu'un éléphant avec des chaînes à neige et qui serait tombé par accident au fond d'un syphon avec les petites marionnettes.



 En fait, je serais même le plus heureux des hommes s'il n'y avait cette clause idiote dans mon contrat de mariage qui m'interdit de faire du ski, les veilles de fêtes lorsque nous devons tuer le coq et éplucher les carottes, en prévision des réunions familiales.



 Nous avons un chat -Don King, il s'appelle- qui se prend pour un chien (avec un peu d'imagination et beaucoup de travail, pourquoi pas?); à chaque signe avant-coureur de la guerre  qu'il livre contre les boules de poil, je lui envoie des lettres d'amour en recommandé avec accusé de réception.



 (Ce qui me ferait plaisir, c'est qu'il réponde un jour.)

 

 Avec mon nouveau boulot, j'ai plus de temps libre pour faire du yoga et m'adonner à ma passion: c'est, à la fin du marché, récupérer du rock frais et plein de vitamines, comme celui que m'a offert mon épouse Bénédicte à Noël.



 La nuit, c'est rare mais c'est bon! j'entends des bruits en provenance de la boîte de chocolats dans laquelle Peter Pan dort, dans la petite pièce en haut de l'escalier.



Olivier Hoarau






Commentaires
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Sylviane Kerivel   |2009-05-19 22:39:15
J'ai pas trop de mal à imaginer la dégaine de cette rencontre !!
Quand on a lu du Olivier Hoarau on ne peut guère l'oublier, même en se forçant ;-)
Plein de bises à lui, à toi, à vous deux et merci pour les échos venus jusqu'ici.
Au plaisir, n'est-ce pas

dkr   |2009-04-30 19:57:01
j'ai adoré AH AAHHA HA HAAAA

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