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A cette époque, il y avait la forêt
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Écrit par Mireille
  
"Il ne reste plus rien. Le silence a rongé les maisons."
Antonio Skarmeta


Pendant les années 60 à cette époque, il y avait la forêt et le hameau désert.


Seul un berger vivait encore là-haut avec ses bêtes. Il avait tiré le lit au-dessus de l’étable pour récupérer la chaleur des vaches et dans sa cuisine, à côté du pétrin, il avait épinglé la photo de magazine d’un chevreuil. Au milieu de la rudesse, cette image s’avérait surprenante de candeur.

Dans les années 70, de jeunes gars étaient venus habiter le hameau en expliquant au berger qu’ils retournaient à la terre. L’homme avait souri puis avait repris ses habitudes. Ils ne le gênaient pas, jouaient de la guitare et faisaient circuler d’épaisses cigarettes chargées d’odeur sauvage. Le berger aimait bien ces gars. Il leur avait appris à fabriquer le pain et leur avait enseigné les plantes pour guérir le « mal de terre ».

Quand, dans les années 80, les jeunes étaient repartis, le berger s’était avancé pour traire les vaches et avait évalué le froid qui descendait des cimes alentours. Puis le vent avait tourné. Ses héritiers vivant loin, ils ne s’étaient pas déplacés pour donner une seconde vie à la maison d’en haut.

Dans les années 2000 en été, des visiteurs pénètrent chez le berger comme dans une chapelle. Ils touchent avec respect ses objets gangrénés de poussière, calcinés par l’oubli. En silence, ils observent la photo d’un chevreuil épinglée dans la rudesse du mur.

Alors, ils sentent quelque chose en eux qui communie vraiment. Ils comprennent l’enfant oublié entre ces murs d’homme de terre, le reconnaissent et lui offrent son sacrement, sa liberté.


Commentaires
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Sylviane Kerivel   |2009-03-03 23:18:18
Une élévation, prudente, tenace et douce ... Une vie sacrée, secrète, sauvage et tendrement délitée.
Ailleurs.

Réponse de l'auteur :

Tu trouves toujours les mots, Sylviane. C'est comme si tu en possédais la Clé :o) La ténacité et la vie sacrée de ce berger qui n'a laissé en témoignage qu'une photo, quelques objets usuels, des murs écroulés... je les ai trouvées touchantes, terriblement. J'aurais aimé faire passer ça mais è tropo difficile... comme dirait Paolo Conte.

Georges Elliautou   |2009-03-04 10:38:48
Ecrit sur la pointe de la plume, légère et sereine au-dessus des miasmes de la plaine.

Réponse de l'auteur :

Comme le génie des alpages de... Fmur, je crois, en BD ;o) Merci, Georges.

catox   |2009-03-04 15:53:02
"Pourtant que la montagne est belle
Comment peut-on s'imaginer
En voyant un vol d'hirondelles
Que l'automne vient d'arriver ?"

alors hein?

Réponse de l'auteur :

Alors... ZorrOx est arrivé eh eh ! Oui d'accord, mais ça me va. Je l'aime, moi, cette photo de chevreuil, Msieur CatOx.

Marlene Tissot   |2009-03-05 14:20:52
Belle image que cet "homme de terre".
Certaine s choses passent. D'autres restent. Des racines plantées dans le ventre de la terre. Magnifique !

Réponse de l'auteur :

Merci Marlène. Le hameau existe, perdu dans la forêt, les murs des bâtisses s'effondrent sur les souvenirs des gens, c'est vraiment poignant quand on se met à y errer. Des sensations de mémoire collective nous traversent... Mais il est de plus en plus difficile d'y accéder. J'aime bien aussi "homme de terre" :o)

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