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ou pas ? Peur sur la ville ....
Le téléphone de notre appartement était le seul de tout l’hôtel à fonctionner. Il s’en était fallu de peu que nous soyions lynchés par tous ceux qui, en proie à une panique grandissante, finissaient par entrer sans frapper pour se ruer vers notre salon aux vitres brisées et où la pluie s’infiltrait à grand renfort de bourrasques. Il était aux environs de midi et pourtant, il faisait nuit. On voyait par la fenêtre des hommes remplir des seaux avec l’eau qui giclait des gouttières, ou ce qu’il en restait. Une vieille, restée au milieu de la rue, tendait la main au hasard pour qu’on vienne la chercher. La pluie faisait luire les carcasses de voiture, l’asphalte béant. Dans les magasins sans vitrine s’engouffraient des silhouettes malgré l’arrivée de soldats armés jusqu’aux dents. Quant à Albert, une balafre sanguignolente sur la tempe, il fixait obstinément le poste de télé éteint, en fouillant à un rythme régulier ses poches par petits gestes saccadés et tremblotants. En plus, il était sourd et ne répondait plus à aucune sollicitation des membres inquiets de la famille qui le surveillaient en cas de nouvelle crise. On avait installé des réchauds à gaz dans les couloirs de l’hôtel. Des gens emmitouflés dans des couvre-lits étaient couchés par terre et pleuraient doucement. J’avais tenté une sortie pour trouver de quoi manger, mais l’odeur bizarre et écoeurante m’avait fait immédiatement rebrousser chemin, d’autant que la masse sombre dans le ciel était toujours visible.
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