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Thème du mois de février. Peur, ville, solitude, indifférence. Mémoire explosée.
Une femme grimpe dans la rame, s’installe à côté d’un môme cagoulé.
Elle pense à sa mère qui n’appelle plus pour prendre des nouvelles, sa mère qui ne s’inquiète plus de la savoir seule, sans un homme auprès d’elle. Ce n’est pas que maman ne l’aime plus mais maintenant, elle l’aime ailleurs, dans l’absolu. On pourrait dire dans un endroit perdu où elle abolit le réel faute de s’en souvenir. Maman ne sait plus trouver les mots pour discuter de choses simples. Les courses, Noël, le chat à garder. Maman oublie. Au fur et à mesure elle s’allège de tout, de tous. Un jour elle sera comme un ballon léger dans le ciel trop bleu. Elle s’envolera. On ne la reverra jamais. La ville est énorme, la femme toute fine, un papier à cigarette qu’on roule jusqu’à la crémation lente dans les ruelles obscures. Elle pense que le manque d’amour est partout, dans les silences de sa mère qui l’efface de sa mémoire. Dans l’absence des hommes qui ne l’ont pas assez aimée pour la serrer contre eux longtemps. L’amour dans la ville, elle connaît, ce n’est que par instant, par morceaux, une nuit sur mille. Soudain, quand le môme cagoulé assis à côté plonge sa lame, la femme éclate d’un rire hystérique qui déchire le vacarme mécanique de la rame désertée. Peu à peu son regard devient doux :
Merci, seule je n’y arrivais pas.
Puis elle s’effondre et le gosse, halluciné, détale à la prochaine station.
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