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Mémoire à fond de cale
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Écrit par Mireille
  
Thème du mois de février.
Peur, ville, solitude, indifférence. Mémoire explosée.



Une femme grimpe dans la rame,
s’installe à côté d’un môme cagoulé.



Elle pense à sa mère qui n’appelle plus pour prendre des nouvelles, sa mère qui ne s’inquiète plus de la savoir seule, sans un homme auprès d’elle. Ce n’est pas que maman ne l’aime plus mais maintenant, elle l’aime ailleurs, dans l’absolu. On pourrait dire dans un endroit perdu où elle abolit le réel faute de s’en souvenir. Maman ne sait plus trouver les mots pour discuter de choses simples. Les courses, Noël, le chat à garder. Maman oublie. Au fur et à mesure elle s’allège de tout, de tous. Un jour elle sera comme un ballon léger dans le ciel trop bleu. Elle s’envolera. On ne la reverra jamais.

La ville est énorme, la femme toute fine, un papier à cigarette qu’on roule jusqu’à la crémation lente dans les ruelles obscures. Elle pense que le manque d’amour est partout, dans les silences de sa mère qui l’efface de sa mémoire. Dans l’absence des hommes qui ne l’ont pas assez aimée pour la serrer contre eux longtemps. L’amour dans la ville, elle connaît, ce n’est que par instant, par morceaux, une nuit sur mille.

Soudain, quand le môme cagoulé assis à côté plonge sa lame, la femme éclate d’un rire hystérique qui déchire le vacarme mécanique de la rame désertée. Peu à peu son regard devient doux :

Merci, seule je n’y arrivais pas.

Puis elle s’effondre et le gosse, halluciné, détale à la prochaine station.



Commentaires
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Sylviane Kerivel   |2009-02-13 09:28:13
Comme un suicide réclamé, une mort implorée ... Pour une fois, la peur était ailleurs et cherchait une soeur dans la terreur visible.
Cette mère qui s'envole et ce couteau qui plonge, une goutte d'un sang qui déborde et se perd à jamais !
Pas très loin d'être vrai, sans nul doute.
Superbe de désespoir, Mireille.

Réponse de l'auteur :

En fait c'est le décalage des peurs. La femme de cette histoire craint plus la solitude, l'indifférence, la perte de mémoire que la mort ou la violence... thèmes habituellement ressassés ou évidents. La perte de mémoire ressemble à une perte d'humanité, de liens... Je pense que la "matière" histoire est l'une des fondamentales enseignées et à enseigner. L'histoire des hommes ! Anthropologie y compris. Là je digresse un peu mais c'est un thème que j'M. ;o) Merci à toi, Sylviane !

Lise  - Mémoire à...   |2009-02-13 09:19:47
C'est prenant, on commence à lire sans pouvoir s'arrêter. J'ai trouvé magnifique. Affectueusement Lise

Réponse de l'auteur :

Ah c'est ce que je préfère, le texte-addict. Merci pour ton commentaire, Lise :o)

Xaba   |2009-02-13 12:13:34
Le môme cagoulé il plonge sa lame où?
Oui pour l'idée et les sentiments. Pour la forme pas convaincant à mon goût...

Réponse de l'auteur :

Tu le sais où il plonge sa lame, Xavier, ;o) inutile d'insister et d'enfoncer le clou... euh, la lame. Les non-dits non-écrits ont leur rôle à jouer, aussi. La forme : le style ou la structure interne ?

Georges Elliautou   |2009-02-13 13:11:08
Excellent, Mireille. Une solution offerte par la ville fauve.

Réponse de l'auteur :

D'où le côté charitable de la ville fauve. Merci, Georges !

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