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L’agent n’en revenait pas : - Comment ça, pas le permis ? Depuis trente-quatre ans que vous roulez ? - Bien sûr que je l’ai. Depuis trente-cinq ans. - Vous vous moquez de moi ? Donnez-le moi ! - Mais puisque je vous dis que je ne l’ai jamais eu !
Un entretien avec la capitaine, après quelques heures au frais, permis d’expliquer que j’avais réussi le permis trente-quatre ans plus tôt, mais que je n’avais jamais reçu le papier définitif.
Ainsi allait ma vie, toujours étrange, jamais ordinaire. Des embrouilles spécifiques, mais sans grande importance. J’avais le permis sans l’avoir, ce n’était pas un drame, je l’avais tout de même. Il n’y avait que les interlocuteurs à cheval sur leurs principes pour y trouver à redire. J’ai fait l’armée. Enfin, j’ai commencé. Puis profité d’une permission pour déserter. Déserter n’est pas le mot exact ; c’est « absence irrégulière », même si j’ai été régulier, absent du premier au dernier jour de cette escapade. Quatorze jours, pas un de plus, sinon ça en faisait quinze et devenait une désertion, avec gendarmes aux trousses et vrai tribunal. Joyeux comité d’accueil à l’arrivée. Aux couleurs, devant la compagnie : - Teyssedou, vous étiez absents. Vous êtes un con, qu’il gueule, le Guérin. - Oui, mon capitaine, qu’il gueule de plus belle, le Teyssedou - Vous zêtes un triple-con ; pourquoi étiez-vous absents ? - Pour passer un concours, mon capitaine. - Un concours ? Un concours de quoi, Ducon ? - Un concours de l’armée, mon Capitaine ! J’étais honnête, c’était la stricte vérité ; cela ne l’empêcha pas de devenir très rouge et très fâché, surtout après la vague de rires qui traversa les rangs. Quarante jours de trou, c’était dur, comme punition. Enfin... si je les avais fait.
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