Dans un premier temps : ce n'est pas une nécessité... mais c'est tellement mieux !
Pour enrichir son vocabulaire, son ouverture d'esprit, son expérience de styles, pour, en comprenant les autres, essayer de se comprendre soi-même... de compléter sa propre vision... éviter un enfermement dangereux
C'est tellement mieux, donc... mais ce n'est pas une nécessité !
D'un autre côté, lire les autres, quelquefois, c'est castrateur... aïe !
Le débat sur l´apprentissage de l´écriture étonne par sa vitalité résiliente. Il n´est pas près de se refermer. Un jour ou l´autre, des lecteurs et des auteurs novices ou aguerris - a priori ils se confondent si nous admettons que pour bien écrire il faut avant tout apprendre à bien lire - se poseront face à cette problématique et ses conséquences meurtrières : Suis-je (est-il) un écrivain et sinon comment puis-je (peut-il) le devenir ? J?évoque à bon escient, mais sans l´approndir, la portée de telles sentences. On juge hélas du talent et de la disponibilité des autres à travers un prisme dont les réflexions sont plus ou moins polluées d´une aura personnelle. Le talent des autres, difficilement admissible ou au contraire facile à dénoncer, est celui qui nous manquera. Il en va aussi du talent comme de la sagesse. Plus on en a et moins on le reconnait car plus on réalise ce qui nous fait défaut pour en témoigner plus encore.
Le débat sur l´enseignement de l´écriture est une question complexe, prêtant à tout et à rien, laissant libre cours aux pires commentaires, aux passions les plus farfelues, surtout à lui adjoindre un champ d´introspection lui étant par nature associé mais qui s´attaque à la nécessité subsidiaire ou non d´écrire. C´est une autre piste de réflexion ne menant nulle part ou plutôt à chacun de nous. Il y a en effet autant de réponses admissibles que de plumes pour la tracer.
C´est surtout une éternelle question sans réponse et peut-être même sans véritable fondement. Car à vouloir réduire à l´absurde l´histoire on déclarera sans hésitations qu´est avant tout écrivain celui qui écrit. Là aussi les définitions foisonnent et s´entrechoquent. Je n´en retient qu´une, arbitrairement bien sur ( mais puisque j´en suis à écrire cet entrefilet pourquoi m´en priver! ) : « Les écrivains sont des gens étranges qui font leur deuil des choses qu´ils n´ont pas encore perdues. »(F.Dannemark).A la question de savoir si oui ou non il est possible d´apprendre à écrire, on oppose plus simplement deux tendances traditionelles. On pense bien sur aux workshop de "créative writing" américains qui prétendent enseigner la technique d´écriture et osent former des écrivains. Certains noms s´y sont révélés : Phillip Roth ou John Irving. Ainsi on apprend à écrire un livre, comme on apprend à rédiger une brève de journal ou une communication de fin de troisème cycle, comme on apprend la peinture à l´eau, la cuisine à l´huile ou la culture de la betterave en terrain hostile ( il existe une école sud américaine performante sur le sujet).Une tendance européenne , essentiellement francophone, retient avant tout la vision "romantique" de l´écrivain inné, de l´artiste "naturel", à l´institution pédagogique ne revenant que le privilège de transmettre le patrimoine culturel sans s´attaquer aux règles de la pratique
( ce qui est pourtant à la base de l´enseignement d´autres disciplines artistiques).Il existe pourtant bien des techniques d´écriture, une grammaire à étudier, une syntaxe à manipuler. Pierre Assouline, chroniqueur au Monde, évoque dans sa République des Lettres (http://passouline.b log.lemonde.fr) l´expérience de l´écrivain François Bon et son travail mené dans certains millieux classés "difficiles" . D´emblée François Bon estime que s´il existe bel et bien un ensemble de techniques, "son travail pourtant ne rend pas écrivain mais aide ceux qui le sont profondément et confusément à le devenir"Une position donc intermédiaire qui ne résume pas encore assez tout le drame de l´auteur qui jamais ne sera véritablement écrivain qu´à travers les yeux et la lecture des autres. Car il est vrai qu´un auteur qui n´est pas lu n´existe pas, ou du moins pas plus que ses livres qui ne seront jamais publiés.Mais les esprits sont ténus et les vocations sont tenaces.« La question n´est pas « peut-on apprendre à écrire ou non ? », constate un article du magazine Suisse "l´Hebdo" lorsque évoquant un coloque des Hautes Etudes Specialisées de Berne il poursuit : "mais qui ça pourrait intéresser, une écriture exigeante ? Pas grand monde? » !
C´est vrai! Pas grand monde lorsque on déplore le niveau de certain ateliers d´écriture qui aujourd´hui existent sur internet. Pas grand monde sauf peut-être quelques marginaux. Quelques illuminés qui peut-être n´auront jamais rien su, encore moins appris mais écriront comme ils respirent, c´est-à-dire? instinctivement.