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Dans la ville les cloches sonnent...
Pourquoi, l’homme s’en moque. Il marche. L’odeur du soir sous ses semelles. Dans les poches ses mains glacées. Là-bas, comme chaque jour depuis un mois, il s’installe pour travailler.
Dans la ville les cloches sonnent. Les familles vont fêter l’an. Lui reste dans sa bogue piquante de froid. Il vit heureux sans eux qui glissent sur lui comme sur un ciel givré.
Assis, il pose ses coudes sur le bureau, le nez vers la bleusaille du ciel. C’est alors qu’il l’entend arriver. De loin. Comme un opéra qu’on fredonne en soi, avant le rideau dressé sur la scène. Il reconnait sa voix aigüe d’enfant. En lui, jusqu’à travers ses os elle se transforme en douceur insolite.
Elle vient de loin, de la mort de son père. Petite, trois ans, un visage allongé semblable à celui des adultes. Nerveuse comme avant un grand vent, elle ne peut cesser de chanter, de plus en plus fort, de plus en plus haut et sa voix d’abord en lui se propage autour, dans la salle, au fond des murailles de l’hiver.
Elle court et se dresse devant lui avec un visage qui, depuis deux jours, a pris mille ans. Elle sourit à l’homme châtaigne dans sa bogue cuirassée de piquants et soudain elle se précipite vers lui en contournant le bureau. Elle le percute et l’embrasse d’un baiser sonore et magique, écrasant tous les piquants et ouvrant la bogue pour le toucher.
Serrés, ils se bercent. Elle, l’enfant sans père et lui, le fruit mûr.
Dans la ville les cloches sonnent.
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