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J’ai vu Beuve passer sur le trottoir, je l’ai suivi comme ça, sur un coup de tête ; non, je ne savais pas qu'il habitait le quartier et je ne l'ai pas suivi, ça je vous l’ai déjà dit non ? Vous m’embrouillez avec vos questions.
Si vous voulez savoir pourquoi je l’ai planté arrêtez de m’interrompre et amenez moi un verre d’eau s’il vous plaît, à moins qu’une bière si c’est possible... Dites, on peut en boire de la bière en prison ? Même en payant ? Remarquez, je m’en doutais ; vous savez quoi ? En plantant Beuve j’ai pensé à toutes ces bières que je boirai pas et c’est ce qui me fait le plus regretter mon geste. C’était un menteur, ah, merci, et elle est fraîche en plus, merci beaucoup, santé ! Pardon ? Ah oui, pourquoi. Vous souvenez vous du 4 avril dernier, je veux dire de ce que vous faisiez ce jour là ? Voila toute la différence entre vous et moi ; moi j’étais à la terrasse du Beaulieu parce qu’il faisait chaud, en bras de chemise, avec une bonne dizaine de bock dans, mais il serait possible d’en avoir une autre ? Non ? Je comprends. Donc j’étais un peu grisé, pas poivré notez qu’il m’en faut plus pour divaguer, juste un peu grisé ; le tacot s’est arrêté le long du trottoir et Beuve en est sortit. En passant devant moi, son imperméable qu’il tenait plié sur son coude a renversé ma blonde ; le verre s’est cassé en tombant sur le trottoir, il s’est excusé en me donnant sa carte. C’est comme cela que j’ai su qu’il s’appelait Beuve. Il n’avait pas d’argent français sur lui, arrivant directement de Lima ; il m’a promis de me rembourser ce verre dans les « plus brefs délais ». Nous sommes au mois de novembre, non ? Dites, vous permettez que je finisse la votre, vous y avez à peine touché ; santé !
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