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Au pied ..et à l'oeil
Les choses vont à un rythme troublant. Et de poursuivre le temps pour si peu le vivre en durée ou en profondeur, ni même réaliser que l'on court hors de soi... Mais il existe des failles dans ce cycle de la fuite. Certains prétendent que l'on ne fuit pas mais que l'on part de soi pour y revenir. D'autres affirment que la roue de la vie n'est pas aussi ronde qu'on le dit, que cette fable d'animaux d'une année à l'autre fut conçu pour les enfants ou pour les boiteux qui ne peuvent que trottiner.
L'expérience de la chaise est donc intéressante.
Prenons une chaise quelconque, peu importe, faite pour le mieux, pourvu qu'un de ses pieds soit bancal, plus court que les trois autres. Installons-la devant notre porte bouclée à quatre clefs. Derrière celle-ci épions le manège qui se forme.
Et les coureurs de se suivre, les uns sveltes, affutés, au pic de leur forme; d'autres enrobés, le souffle court, les tempes grisonnantes; ceux qui passent à cloche pieds, en sens inverse, ou même, sales tricheurs, à bicyclette. Et cette file de piétons à plus ou moins vive allure qui semble ne prêter aucune attention à notre chaise en évidence!
A tel point qu'on doute qu'elle est encore là, qu'on sort de notre guet pour nous assurer de sa présence, qu'on s'y assoit... pour aussitôt nous retrouver les fers en l'air car il faut être idiot ou avoir du temps à perdre pour justement choisir une chaise bancale...
Fatalitas temporis! Les coureurs ont de beaux jours encore devant eux.
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