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Hier, je me suis tapé pas mal de route. 800 Kms et des broutilles… un vrai régal pour moi : du temps pour penser, pour rêver…
Plutôt que la radio ou les Cds, j’ai choisi d’amener avec moi un pote.
Ça fait longtemps que je dois l’inviter, mais vous savez, on tarde, on tarde. Bref, le type est assis à côté, dans la voiture, à traverser l’Espagne dans tous les sens.
On discute. Lui, c’est plutôt le format « un singe en hiver » ; de ceux qu’on exècre normalement mais à qui on s’attache finalement. J’aime ce gars-là ! Un peu poète, un peu déconneur, un peu extra-terrestre aussi. Du genre à ne pas toujours s’adapter à ses congénères ou à les devancer de quelques années-lumière. On discute un bon bout de chemin, il essaie de m’expliquer pourquoi il est « l’espace entre les gouttes » de pluie dans sa ville nouvelle. J’aime sacrément ce type !
Puis on s’arrête à une station essence. Il lui faut sa bibine et moi de quoi ne pas dormir. Je vais pisser, pas lui.
Quand je reviens, la voiture est là, pas mon pote. Je calme le caissier en lui payant les binouzes. Non, j’ai pas rêvé, j’ai bien voyagé avec mon pote, la preuve : je tiens la note des bières ! Mais il a disparu, envolé. Dehors, il pleuvote. Il y a beaucoup d’espace entre les gouttes et un arc-en-ciel scotché aux lourds nuages de larmes. Non, mon pote n’a pas pu disparaître comme ça !
Je retourne dans la station-service. Je cherche, je cherche. Soudain, je trouve : au plafond, parmi des dizaines de néons, des millions, des milliards, il y en a un, mal fixé, qui clignote et fait chier le monde entier. Je me dis que j’aime infiniment ce néon clignotant. Et on reprend la route, moi et l’idée du néon déconnant.
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