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Elle mit un fond d’huile dans la poêle, a attendu quelques secondes qu’il frémisse y jeta les trois minuscules côtelettes qu’elle laissa frire jusqu’à ce que la viande prenne une couleur caramel et que surtout la fumée commence à envahir la cuisine.
Alors, alors seulement elle ouvrit grand la fenêtre, laissant entrer l’air glacial de cette fin janvier qui paralysait de saisissement les poumons sitôt qu’on le respirait. « C’est pour aérer » dit-elle, sinon ça va encore sentir l’agneau pendant des jours et comme je sais que vous n’aimez pas ça...En sifflotant, elle a commencé à éplucher les trois patates envahies par les germes, prenant soin d’en ôter de grandes parties saines sous le regard qu’elle savait scandalisé par l’air froid qui envahissait maintenant l’appartement, la fumée lourde, saturée de cette viande grillée exécrée, le gaspillage des denrées si chèrement acquises par Louis, ce petit fils providentiel pour qui le regard a toujours eu un faible, peut-être parce qu’il a été le premier, sans doute parce que c’était le fils de Jules, son Jules dont la photo ceinte de crêpe ajoute, depuis ce sinistre jour de février 34 où il tomba sous les coups des anarchistes si cela était possible, une note supplémentaire de désarrois à l’ensemble. Murée depuis dans cette totale paralysie qu’aucun médecin n’a su guérir, vivotant dans cet appartement trop grand avec cette gourdasse qui prend un tel malin plaisir à la faire crever à petit feu qu’elle doit être communiste. Mon Dieu, comment faire comprendre à Louis qui ne semble pas insensible à ses charmes, du danger qui la guette au jour le jour ? Pleurer ? Elle s’y essaye ; mais comme jamais depuis l’enfance, éducation oblige, elle n’a versé une larme, alors...
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