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Il est venu de la forêt des Vouillants, un soir de vent du sud, il avait faim...
Quelques oeufs chapardés dans les poulaillers et gobés sans plus attendre à l'abri des buissons n'avaient suffit à combler le vide, ni les châtaignes crues de fin de saison, rachitiques et recroquevillées dans leurs bogues comme les putains vieillissantes qui attendaient le client en se gelant le porte jarretelle aux alentours du Pont de Catane. Il a regardé depuis les hauteurs, la ville, a trouvé incongru l'idée qu'on puisse la trouver belle, la nuit. Sous les néons des zones commerciales et les tours des pétroliers, des assureurs et des banquiers, quelque soit l'heure de la journée la même merde s'étalait, celle qui l'avait conduit à construire sa cabane, plutôt sa niche, son nid, là haut, entre un chêne et un épicéa, au détour d'un sentier oublié des chasseurs et des ramasseurs de champignons. Il marche maintenant dans les rues ; il a repéré les poubelles du fast-food, a calculé les pas de la ronde du grand black qui garde le parking avec un clone de pit' validé préfecture en laisse pour s'en approcher sans en avoir l'air ; il a empoigné deux, trois frites encore encornées et des restes de salades englouties en deux, trois mouvements de mâchoires, et puis quoi ? Il repartait vers sa cabane quand il a vu le landau avec le môme sur le trottoir ; que va-t-il faire de lui ? Un instant il imagine un pâté, des godiveaux bien charnus. Il lève le gosse, le gosse lui sourit, alors il sourit aussi en regrettant déjà le temps où il ne devait prendre soin que de lui...
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