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La rue est large, l’asphalte régulière, je m’engouffre sans peine entre les vieilles maisons, je suis bien, je suis au mieux, je souris à l’adhérence de mes pneus sur les quelques craquelures du sol.
Dans mon coffre un jerrycan fait le va-et-vient mais je n’y prête guère attention, j’ai une main sur le volant, l’autre repose sur mon fémur droit juste au-dessus de la rotule. Régulièrement je change une vitesse et le bruit du moteur comme un cri étouffé dans un foulard me rassure. Je ne fume pas, mon cœur est reposé, je suis bien, je suis au mieux.
J’appréhende la courbe à 120° devant l’école. A un moment T, au milieu du grand virage, le soleil vient taper le pare-brise. Je tire sur le pare-soleil, ma main droite abandonnant un instant mon fémur. Je ressors de la courbe et salue deux vieux messieurs qui se tiennent debout sur le bas-côté. Ils ne me voient pas. Je tends les doigts, j’agite la main, je parle plus fort, je plante mon visage au plus près de la vitre passager mais les deux vieillards ne me saluent pas.
A un moment T+2 je suis sur le parking de l’Intermarché. J’avance tranquillement en pompant la pédale de débrayage. Une vieille dame surgit au milieu de la place de parking. Une femme concentrée sur ses pas. Je ne ralentis pas. Elle ne me voit pas. Je ne ralentis pas. Bientôt ma voiture frôle son tibia, elle regarde ses souliers, cherche à éviter les flaques d’huile.
La collision se produit sans un bruit, naturellement. J’entraperçois sa jambe qui disparaît sous le capot, puis son bassin, sa nuque.
J’actionne le frein à main, je me propulse en avant d’un coup de rein, j’ouvre la portière, je sors au soleil mauve.
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