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Que je vois si c'est ma godasse, la gauche |
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La douleur ne passait pas, pis, Ca remontait jusqu’au genou J’ai arrêté de marcher J’ai retiré ma chaussure La gauche Y avait tout un coté déchiré La semelle qui béait J l’ai retournée en la secouant Plein de graviers J'ai renfilé ma godasse
Me suis relevé le front ruisselant J’ai levé la tête Soleil blanc sans nuage
Devant moi une perspective absolue Un trait blanc noyé dans du vert Les champs de maîs
Et moi qui dois rejoindre Sacramento Je sais même pas où c’est Il parait que c’est beau Enfin c’est ce qu’Harry m’a dit 'Tu vas là où le soleil se couche On finit toujours pas y arriver' Je l’ai cru et je le crois Et je reprends ma marche
C’est fou ce que les maïs sont solitaires Une armée silencieuse Pas un oiseau pas un renard Juste l’empreinte du vent Et moi qui crève de chaud
Moi qui jette un œil sur qui m’accompagne Le soleil blanc Il transpire lui aussi Fournaise sèche de campagne Suis assommé
Je crois voir un point Quelque chose qui surnage Qui porte un chapeau Un épouvantail dans l'océan de maïs Je sors du sentier Ma grolle crevée avale la terre Je me fonds dans le feuillage Toutes feuille ouverte Jamais vu une telle sollicitude
J’avance et le mur se referme derrière moi Tout droit, suffit d’aller tout droit L’épouvantail, enfin, Il me regarde de ses yeux de bouton Je lui pique son chapeau Son sourire se renverse Tous les corbeaux s’envolent d’un coup Ses traits de feutre coulent Ce doit être les averses successives Non Ses traits s’épaississent encore, là, devant moi J’approche mon visage L’épouvantail pleure
Me voilà maintenant sous le soleil Sur le chemin droit J’ai mal au pied Le gauche Faut que je m’arrête Que je vois si c'est ma godasse
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