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Que je vois si c'est ma godasse, la gauche
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Écrit par catox
  
La douleur ne passait pas, pis,
Ca remontait jusqu’au genou
J’ai arrêté de marcher
J’ai retiré ma chaussure
La gauche
Y avait tout un coté déchiré
La semelle qui béait
J l’ai retournée en la secouant
Plein de graviers
J'ai renfilé ma godasse


Me suis relevé le front ruisselant
J’ai levé la tête
Soleil blanc sans nuage

Devant moi une perspective absolue
Un trait blanc noyé dans du vert
Les champs de maîs

Et moi qui dois rejoindre Sacramento
Je sais même pas où c’est
Il parait que c’est beau
Enfin c’est ce qu’Harry m’a dit
'Tu vas là où le soleil se couche
On finit toujours pas y arriver'
Je l’ai cru et je le crois
Et je reprends ma marche

C’est fou ce que les maïs sont solitaires
Une armée silencieuse
Pas un oiseau pas un renard
Juste l’empreinte du vent
Et moi qui crève de chaud

Moi qui jette un œil sur qui m’accompagne
Le soleil blanc
Il transpire lui aussi
Fournaise sèche de campagne
Suis assommé

Je crois voir un point
Quelque chose qui surnage
Qui porte un chapeau
Un épouvantail dans l'océan de maïs
Je sors du sentier
Ma grolle crevée avale la terre
Je me fonds dans le feuillage
Toutes feuille ouverte
Jamais vu une telle sollicitude

J’avance et le mur se referme derrière moi
Tout droit, suffit d’aller tout droit
L’épouvantail, enfin,
Il me regarde de ses yeux de bouton
Je lui pique son chapeau
Son sourire se renverse
Tous les corbeaux s’envolent d’un coup
Ses traits de feutre coulent
Ce doit être les averses successives
Non
Ses traits s’épaississent encore, là, devant moi
J’approche mon visage
L’épouvantail pleure

Me voilà maintenant sous le soleil
Sur le chemin droit
J’ai mal au pied
Le gauche
Faut que je m’arrête
Que je vois si c'est ma godasse

Commentaires
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Sylviane Kerivel   |2008-10-26 00:14:11
Désertique et surchauffé. Et puis ce vent déssèché qui chasse les corbeaux, le souvenir d'Harry et l'épouvantail en larmes, ça ne me dit rien qui vaille ... Tout ce soleil blanc, crevant la peau et les os, pas bon du tout, pour l'homme à la godasse déchirée. Et si c'était son pied, sa chair ??
Envoûtant, ce silence éperdu.

Réponse de l'auteur :

rien de morbide là dedans, soleil, homme, maîs, les 3 mamelles de la vie, un peu rude certe mais c'est nous. Sans nos bagnoles et nos banques, on n'a pas évolué depuis 100 000 ans, la nature est toujours aussi hostile pour nous, obligation de composer et négocier. Salut!

Gérard Menvussa   |2008-10-25 22:39:52
J'aime ce genre de poème. On s'identifie on se sent perdu, écrasé sous ce soleil.

Réponse de l'auteur :

oui, et puis comme il fait pas chaud en ce moment, un peu de chaleur n'est pas de trop

José Verleyen   |2008-10-26 01:01:03
Merci pour le soleil. J'en manque. Et ne suis pas le seul, appremment. Ces maïs qui pleurent, ces routes qui n'en finissent pas: serpentins disloqués où s'arriment mes rêves. Tu sais, la godasse gauche, je l'aime bien. Me résouds pas à la jeter..

Réponse de l'auteur :

on manque de campagne à cette saison, ca m'a fait du bien cette virée à travers champ

Georges Elliautou   |2008-10-26 11:21:44
Une errance bien sentie sous le soleil de Californie.
On marche.

Caroline...   |2008-10-26 16:25:11
Ah ben moi, je l'ai lu deux fois mais je reste sur ma première impulsion : j'aimerais être à sa place et je donnerais tout pour crever sous le soleil dans un champ.
J'ai pas vu de menace dans ce texte, ni de douleur : j'ai vu une respiration, douloureuse certes, mais respiration !
Et pour la godasse, m'en fous je marche pieds nus !

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