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Elle lui dit, mais pourquoi, bordel, pourquoi ? Elle se ronge les ongles. Elle se ronge la peau au bout des doigts. Elle attaque la chair. Elle rogne l’os. Elle a bouffé la première phalange. Lui, il dit rien, le regard bleu dilué, larmes et alcool.
Tu me rends malade, elle dit. Tu me donnes envie de vomir! Elle recrache un bout d’ongle. C’est ton truc l’autodestruction, c’est ça? Il entrouvre les lèvres, hésite, cligne plusieurs fois des yeux, tente d’y voir clair. Non, il dit. C’est pas de l’autodestruction. C’est de l’autoprotection.
Elle lèche ses doigts, attaque la deuxième phalange, avale un morceau d’os qui se coince en travers de sa gorge. Autoprotection? Mais tu te protèges de quoi, merde ? Elle a l’air de se demander. Vraiment.
Alors elle se regarde en face. Sans fard. Sans cette maudite indulgence qui lui fait se dire à chaque fois qu’aimer c’est naturel quoi ! C’est pas sa faute si elle a un cœur gros comme ça. Si ça déborde. Elle fait de mal à personne, elle donne juste de l’amour. Elle fait de mal à personne, n'est-ce pas!?
Tu es belle comme une sirène, il lui dit. Et tu me glisses entre les doigts. Comme une anguille. Je sais, je suis qu’un connard d’égoïste, mais parfois je voudrais te serrer plus fort contre moi pour que tu restes là, toujours. Parfois j’ai mal au point d’avoir envie de te serrer jusqu'à ce que tu ne bouges plus. Du tout.
Il tremble. Il cherche quelque chose. Un verre, une bouteille. Elle ronge et le sel de ses larmes brûle la chair à vif. Ils savent qu’ils ne changeront ni l’un ni l’autre. Une fois cuite l’argile ne se remodèle plus. Ils vont juste continuer à s’aimer avec leurs faux plis, dans cette vie froissée.
Il avale une gorgée. Elle ne ronge plus. Il n’y a plus de doigt.
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