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C’est une saison à tuer en attendant le dégel, le courant, un film de Cassavetes, un type qui tangue entre sa taverne au bord du vide et une rapsodie plantée dans sa tête à hauteur des oreilles pour tenir debout… jusqu’au bout de la nuit. Chiens de gueux ! Va-nu-pieds ! Je hais les alcooliques, précise-t-elle en cassant son talon dans le caniveau. Et… pourquoi tu ne réponds pas ? Il a perdu la voix, ne parle que par réflexe, en hurlant des slogans au peuple de la petite nuit. Il ne dialogue qu’en surface d’on ne sait trop quoi. Une mer d’huile et de gin, sûrement… Oui ça va. Tu as bonne mine ma chérie, qu’est-ce que tu fais dans ce bouge à cette heure de la nuit ? Je viens te chercher, tu as oublié ton nom. Elle continue : ou plutôt, c’est le mien que tu oublies, l’alcool sert d’anesthésiant, c’est pratique. Toi et ton alcool, je viens vous chercher et vous ramener dans votre lit. Allez, debout ! Le cœur aussi !
Il sourit entre les larmes. Merci ma beauté. Sans toi je ne sais pas ce que je… Et c’est quoi cette valise à l’arrière de la voiture ? La mienne. Je n’avais pas amassé grand-chose. Toi, je t’aurais mis tout entier dedans, pour t’emporter, si seulement… Elle soupire et reprend : Tu vas tenir debout jusqu’à ta chambre ou tu veux que je te porte ? Il s’accroche à elle : Tu ne te couches pas avec moi ?
Il n’a pas compris. Ça m’éclate le cœur tout ce vide, en lui, à la place de l’amour.
Pour toi lecteur, entre nous : Je prends la route cette nuit.
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