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Je me souviens du velour de la moquette sur mes doigts. L'ocre paisible d'un après-midi d'automne. Avec application je déchiffrais des lettres d'amour oubliées et des visages inconnus sur des photos sépia.
Mon attention fut attirée, tout au fond du tiroir, par un feuillet solitaire.
Au moment où je saisissais la lettre, j'étais sans le savoir, comme le soldat égaré dans un champ de mine, le pied sur le déclencheur : debout encore et mutilé déja. C'était une lettre d'adieu.
Jetée au fond d'un tiroir comme une grenade dégoupillée, la lettre m'explosa au visage. Façon mèche rapide, le sens, la détresse, des cristaux de non-dits. Une trainée de poudre qui court en crépitant vers ma pauvre cervelle. Bang.
Je suis resté comme sourd, brûlant et immobile dans l'ouate silencieuse de la maison.
Alcool à brûler, queues de casseroles et porte de four, pas pour moi. Mais à 7 ans j'ai compris que les mots peuvent tuer.
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