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Mine de crayon
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Écrit par Clarence Singapour
  
Je me souviens du velour de la moquette sur mes doigts. L'ocre paisible d'un après-midi d'automne.
Avec application je déchiffrais des lettres d'amour oubliées et des visages inconnus sur des photos sépia.


Mon attention fut attirée, tout au fond du tiroir, par un feuillet
solitaire.

Au moment où je saisissais la lettre, j'étais sans le savoir, comme le soldat égaré dans un champ de mine, le pied sur le déclencheur : debout encore et mutilé déja.
C'était une lettre d'adieu.

Jetée au fond d'un tiroir comme une grenade dégoupillée, la lettre m'explosa au visage. Façon mèche rapide, le sens, la détresse, des cristaux de non-dits. Une trainée de poudre qui court en crépitant vers ma pauvre cervelle. Bang.

Je suis resté comme sourd, brûlant et immobile dans l'ouate silencieuse de la maison.

Alcool à brûler, queues de casseroles et porte de four, pas pour moi.
Mais à 7 ans j'ai compris que les mots peuvent tuer.

Commentaires
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Zanzibar   |2008-10-18 16:16:28
bien construit, bien écrit, à mon goût.
Le titre est très original, et déjà plein de sous-entendus. Ca sent la vie intérieure, tout ça. Bravo !
ps : attention aux fautes d'orthographe... (si possible).

Réponse de l'auteur :

merci Zanzibar (posté un peu trop vite, je corrige!)

Albert   |2008-10-18 21:29:29
sympa, je pense que ça pourrait péter plus, mais j'ai accroché.
si je peux me permettre : j'ai écrit un jour un texte qui s'appelle "dahlias et hortensias, iris illuminés" sur ce thème-là. Si ça te tente, c'est sur fulgures...

Réponse de l'auteur :

a vrai dire c'était une drôle d'explosion, comme dans les films où en dégrafant son gilet par balle, le mec sait pas encore vraiment s'il a été touché. doit surement y'avoir qq éclats ça et là. très chouette ton texte, plus péchu que le mien, je mets le lien du coup ! http://www.fulgures.com/content/view/527/

Caroline...   |2008-10-18 23:47:09
"debout encore et mutilé déjà",

choli !
Le reste aussi.
Juste un problème de concordance de temps dans la dernière phrase.
Quand j'avais sept ans j'ai compris que les mots pouvaient tuer.
A sept ans j'ai compris que les mots peuvent tuer
ou pouvaient
à toi de voir.

Réponse de l'auteur :

merci :) j'ai repris ta proposition

Georges Elliautou   |2008-10-19 10:09:15
Oui : "peuvent tuer". C'est le présent intemporel.
Bien aimé.

Réponse de l'auteur :

merci georges c'est con mais ça m'a remué de le gribouiller, ce texte

Sylviane Kerivel   |2010-11-03 11:53:09
ça éclate, ça bouscule, ça saute dans tous les sens et on reste hébété dans la cassure des mots ...
J'ai adoré souffrir comme ça !!

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