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Dialogue dans un appartement petit-bourgeois |
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… ayant l’écriture comme sujet
– C’est nul ! Pas l’ombre d’un sentiment. Tu plaques des mots sur du papier. – Comment peux-tu dire que c’est nul ? L’idée est excellente. – Ouais… Il n’empêche. Trop de clichés, trop de rigidité, aucune réelle imagination. Un style passe-partout. – Et l’idée ? Elle est bonne, non ? – Sans doute… Mais elle n’est pas de toi. Tu manques de lecture, sûr. – Pas de moi ! – Tout a été écrit. Il ne reste que la forme, le style, le moi pour se différencier. Et c’est là ton manque. Tu ne t’engages pas. Tu n’y mets pas tes tripes, comme on dit trivialement. Tu n’as pas la foi. Tu te débarrasses d’une besogne. L’écriture est un absolu. C’est un tourment sans fin, mais une joie profonde aussi. Un besoin irrépressible. Presque une condamnation. Rares sont ceux qui l’acceptent. – Et toi ? Toi qui me démolis. Écris-tu ? – Je ne sais pas écrire. Je crois savoir lire. J’aime lire. J’aime partager avec les auteurs leurs inquiétudes, leurs incertitudes, leurs souffrances. Leurs victoires aussi. Ce sont mes amis. – Je te croyais mon ami. – Je le suis. C’est pour cela que je te parle sans détour. Lis. Lis d’abord. Lis beaucoup. Puis livre-toi. Écorche-toi. Abîme-toi. – N’importe quoi ! Crois-tu que je vais me sacrifier ! Ma famille… – Allez, viens ! On va prendre un verre au bistrot du coin. Marre de tes mômes qui n’arrêtent pas de brailler. Et sache que la pire des critiques, c’est son absence.
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