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Dans les files d’attente La trotteuse exaspère Accélère le temps qu’on perd La tension monte Les corps s’échauffent Le mien contre le votre a frémi tout à l’heure J’espère que vous n’avez rien senti
Dans les files latentes Je caresse le manteau de fourrure De la dame devant moi Je lape la sueur dans le cou des gens Je grogne, j’aboie Je mords ceux qui essayent De me passer devant
Dans la file attenante Une poupée russe cache sous son manteau Ses six petites sœurs Un grand-père déboutonne son tricot Se défait avec peine d’une de ses peaux d’oignon Loin devant, accoudée au guichet Une vache qui rie pas trop nous crie ‘Au suivant
Dans les files j’arpente Les couloirs sombres de l’âme humaine L’impatience La jalousie La luxure Eh j’étais là avant toi pov’ con ! Le mépris
Dans les files ma tante Peste contre ses foutus bas de contention Contention, contention mon cul ! Et sa vessie qui contient mal aussi Et ses sphincters qui manquent de nerf Ça se relâche, par devant, par derrière Et les narines alentour s’interrogent
Dans les files haletantes Je suffoque Je bois la vapeur âcre de vos souffles tièdes Les postillons nous lavent de tout soupçon Expectorons en cœur Brasse coulée silencieuse Dans le bouillon de culture
Dans les files cassantes Chenille disloquée Nous unis en une queue leu leu de noces égarée Sans musique, sans mariés, sans mains accrochées à la taille Collier géant de maillons faibles, tordus Brisés, inutiles Et soumis
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