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I like the peace In the back seat I don’t have to drive I don’t have to speak I can watch the country side And I can fall asleep (Arcade Fire)
Papa conduit. En silence. Les yeux rivés sur l’horizon. Maman lime ses ongles en chantonnant un air de vacances. Je regarde les paysages qui défilent, sagement assis sur la banquette arrière. Je regarde l’herbe sur le bord de la route, comme un film en accéléré. Je retiens ma respiration pour essayer de ralentir tout ça. Freiner un peu ma vie qui se tricote. Trop de mailles à l’envers, pas assez à l’endroit. Fermer les yeux ça sert à rien, qu’a éteindre la lumière pour ne plus voir le désordre.
Papa conduit, plongé dans ses pensées. Maman s’étire. Combien de temps encore avant d’arriver ? Je demande rien. Je veux pas qu’on me parle. Le silence est plus confortable. Je voudrais être sourd, aveugle. Qu’on ne me raconte plus rien, qu’on ne cherche pas à m’expliquer, qu’on ne me prenne pas à témoin, qu’on me prenne juste par la main, qu’on ne me prenne pas pour ce que je ne suis pas : un adulte. Je ne veux pas grandir. Je ne veux pas devenir ça. Ca vit de sexe, d’argent et de disputes qui claquent comme des orages dans la nuit. Ca oublie avec de l’alcool et de la drogue. Et puis du sexe, encore. Et ça fait des bébés par erreur. Des bébés qui encombrent comme des bagages sur la banquette arrière.
Papa conduit. Il baille. Maman s’est endormie. Je suis un bagage sur la banquette arrière. Je fixe la route pour éviter de penser à la vie. Je voudrais bien qu’un camion arrive en face et qu’il me prenne très fort dans ses bras.
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