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Écrit par Mobert
  
.


il manque un étage qu'il faut descendre
un étage et ne croiser personne si possible
je n'ai strictement rien
d'autre à faire en cet instant qu'
atteindre la rue sans me faire remarquer
c'est mieux dans la pénombre
les gens qui passent
encore
à cette heure-là
avant la fermeture du bureau de tabac

Plus que vingt mètres.

il manque une cartouche de clopes à 52 euros
je paie toujours sans rien dire
je suis à découvert
on me fait poireauter
je poireaute
c'est un trait de caractère
c'est de sourire bêtement puis de
baisser les yeux
de détourner les yeux
d'avoir les yeux humides
je suis pressé je sors
je ne m'attarde pas
on ne me retient plus
d'ailleurs

c'est sans savoir si le dehors
est en décrue
et si ça va passer
un peu ou pas du tout

dans mes veines
dans ma façon de voir
les choses
et de m'y adapter.

Plus que vingt mètres en sens inverse.

il manque un étage qu'il faut monter
un étage
qu'il faut soufller
et refermer la porte à clés
comme une empreinte pour oublier
que c'est comme ça
que ça n'y change rien
et c'est à se demander vraiment
si je
suis visible à l'oeil nu.


Commentaires
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Albert   |2008-09-30 10:47:24
Où se décline le cycle du vide en une silhuouette électrifiée, à basse tension. Ce qui frappe ici, c'est la délicatesse.
Bravo.

Réponse de l'auteur :

Merci pour la délicatesse, Al'. Texte écrit à la va-vite, d'une traite, ce matin, dans un "petit" moment de tension intérieure ;-))

Georges Elliautou   |2008-09-30 11:03:31
On est dans le non-être nourri à la cigarette. Ce qui devient maintenant un vice honteux, une drogue dont l'Etat est le dealer.
C'est du moins mon interprétation...

Réponse de l'auteur :

Je ne m'attendais certes pas à une telle interprétation, Georges, mais pourquoi pas puisque c'est TA lecture. Et en le relisant, je me suis aperçu qu'il y avait possibilité d'une telle interprétation. Je suis perplexe et amusé ;-))

Sylviane Kerivel  - Le non-visible   |2008-09-30 18:35:16
Et moi de rajouter au com' d'Albert ... Une sorte de retenue, une multitude de choses en suspens, des élans contenus ...

Réponse de l'auteur :

Oui, Sylviane de la retenue. Parce que si je donnais libre cours à ma violence intérieure, ce serait pas beau à voir ;-)) Je suis toujours partagé entre le recul et l'abandon.

Mireille   |2008-09-30 13:27:07
On pourrait dire... un personnage de Scott Fitzgerald, non : Fitzgerald lui même, quelqu'un de trop subtil pour que des regards de bobos (bovins) programmés pour ne voir que ce qui est lourd le remarquent.

L'envers du paradis.
Bravo Mobert...

Réponse de l'auteur :

On pourrait dire... peut-être, vu que je connais fort mal Scott Fitzgerald. Je l'ai très peu lu. Shame on me. Du coup, je ne peux pas apprécier à sa juste valeur ta comparaison, Mireille ;-)))

José Verleyen   |2008-09-30 22:36:47
Quelle délicatesse. Mille bravos pour cette traduction effrontée de la nature humaine.

Réponse de l'auteur :

Merci José pour la délicatesse (bis, cf comme d'Albert...) et les 1002 bravos qui l'accompagnent (en comptant celui d'Al et celui de Mireille) ;-))

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