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Trop de sable dans l’engrenage
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Écrit par Marlene Tissot
  
Tom rêve qu’il est sur une plage. Il court après un oiseau étrange. Il sent les grains de sable rouler sous ses pieds et ralentir sa course. Il glisse, trébuche. L’oiseau est trop loin maintenant. Mais Tom se relève et continue de courir.


Tom se réveille. Il n’arrive pas à se souvenir pourquoi il voulait tellement attraper cet oiseau. Quel oiseau ? Les derniers grains de rêve fondent dans la réalité d’une nouvelle journée. Tom s’étire, baille, se lève.

Dans la cuisine, Mary presse des oranges d’un geste désespérément appliqué. Sa jupe ondule, caresse le creux nacré derrière ses genoux. Tom voit bien tout le mal qu’elle se donne, tout le temps, dans les moindres détails. Il se demande pourquoi elle veut tellement apprivoiser la perfection. La vie ça ne peut pas être toujours parfait. C’est ainsi, il faut s’y faire. Des grains de sable viennent parfois se nicher dans l’engrenage. Et toutes les burettes d’huile du monde n’y changeront rien.

Tom pose un baiser sur la nuque de Mary.
- Tu sens bon, il murmure, la bouche encore contre sa peau.
- Tu es heureux, elle demande, avec un drôle de chagrin qui tremble au fond de la gorge.
- Terriblement !
- Alors pourquoi moi j’y arrive pas ?
Tom n’a pas l’air de comprendre.
- Tu n’arrives pas à quoi ?
Les premiers rayons de soleil entrent en biais par la fenêtre ouverte. Un oiseau se pose sur le bord du balcon. Oh ! dit Mary. Mais l’oiseau s’envole alors elle saute pour le rattraper.

Tom émerge. Il y a du sable partout, entre ses dents, sous ses paupières. Il se souvient, ce matin, l’oiseau, Mary. Alors les larmes et la nausée débordent.

Tom regarde l'horloge. Il avale les cachets que le médecin lui a laissés. Comme une burette d’huile, inutile.


Commentaires
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fabyfaby   |2008-09-25 18:24:11
Très belle histoire Marlène, très touchante. Tellement profonde en si peu de mots. Triste fin. J'ai beaucoup aimé ++++

Réponse de l'auteur :

C'est triste comme la vie parfois, mais pas toujours heureusement ! Et puis les oiseaux sont tellement beaux :-) Merci Faby d'avoir été touchée!

catox   |2008-09-25 19:26:45
pas gaie ton affaire.... Ecriture efficace. J'aurais préféré rester sur la plage plutot que d'être entrainé à la cuisine, enfin, c'est toi qui vois!

Réponse de l'auteur :

Pas gai pas gai en effet, c'est sans doute l'abus de canoë sur les flots clairs de la Drôme cet été ;-) Ok, je te laisse la plage, je prends la cuisine. Tiramisu pour demain ? C'est ma spécialité

Sylviane Kerivel  - Tom, Tom, Tommy ...   |2008-09-25 21:51:09
Le sable s'infiltre partout ... Il enraye la machine de vie où nous nous engluons parfois ... Mais l'oiseau, lui, ne craint plus ces grains là, plus besoin d'huile ni de comprimés, il vole !
Mais il dérobe aussi la vie de ceux qu'on aime tant.
Mary s'est envolée.

Réponse de l'auteur :

Le sable ça colle à la peau mais ça laisse aussi de jolies paillettes sur le corps... En toute chose il y a du bon (enfin, j'essaye encore de me persuader) Merci pour tes lectures tout en finesse

Albert   |2008-09-25 22:19:26
Oui, un style que j'apprécie ici encore, une histoire carrément taillée au cordeau.
Le titre n'en dit-il pas un peu trop ?
A° Marlène

Réponse de l'auteur :

Trop est de trop dans le titre, le titre en fait un peu trop, en fait j'aime pas le titre, comme souvent j'ai du mal avec les titres, et si j'ai un bon titre, enfin jveux dire un qui me plait, et bien j'ai pas le texte qui va avec, tu m'énerves Albert à mettre le doigt là ou ça me fait mal, alors range vite tes doigts avant que je les trouves trop longs et que je fasse vraiment n'importe quoi ;-) Ah j'allais oublier : merci, pour les lectures, les commentaires, constructifs en +, tout ça...

Caroline...   |2008-09-25 22:29:02
Ecriture toute en finesse et qui pose méthodiquement des grains de sable pour enrayer nos machines à certitude, nos machines à croire, nos machines à rêver.
Ton texte est prenant !
On reste impuissant face à ce qui nous échappera toujours chez l'autre : son étincelle intérieure ou son absence d'étincelle.
Et c'est dur.

Réponse de l'auteur :

J'aime énormément ce que tu dis là Caroline "enrayer nos machines à certitude, nos machines à croire, nos machines à rêver" Et puis oui, on est d'accord au sujet de cette impuissance a saisir ce qu'il y a (ou pas) finalement réellement au fond de l'autre. Quand j'ai écris ça, je crois que je me sentais seule, je me disais qu'au fond on est toujours tout seul, tout seul dans sa tête, qu'on ne se livre jamais entièrement... Enfin , je ne sais plus trop en fait ;-) et puis on s'en fout hein ! Je t'embrasse miss Caro!

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