|
J’ai huit ans. Papa m’amène voir des animaux derrière le chapiteau. Il y a un lion endormi dans son camion-cage. Des singes qui m’arrachent les cacahuètes des mains. Et des lamas, qui refusent de cracher malgré les insultes que je leur sers.
Ca sent mauvais mais ça bouge pas beaucoup. Je me demande s'ils leur font faire des numéros à ces bêtes là ! Puis je tire papa par la manche :
- C’est quoi là-bas ?
- Une baleine. Qu’il répond. Comme ça, comme il aurait dit une baguette de pain, une bicyclette ou un pigeon.
Mais une baleine, c’est autrement plus excitant qu’un pigeon, je me dis. J’en ai jamais vu ailleurs que dans des livres. Alors forcément, je fais des pieds et des mains pour qu’on s'approche!
La baleine est couchée sur une très longue remorque, avec sa peau toute grise et sèche. Dans sa bouche grande ouverte, tellement grande que papa pourrait y tenir debout, il y a un rideau comme celui que mémé pend à sa porte l’été. Ce sont les fanons m’explique papa et il me raconte comment la baleine se nourrit. Il parle de filtre, de krill et je comprends pas tout mais j’aime tellement l’écouter.
- Et quand elle est pas dans l’eau, comme en ce moment, elle mange quoi alors ? Je demande.
Il me répond pas papa mais il me regarde bizarre.
- Elle est morte bonhomme… Qu’il lâche au bout d'un moment. Comme ça, comme il aurait dit c’est l’heure du goûter ou ferme ta veste il fait froid.
C’est la première fois que je vois la mort, et ça me donne envie de vomir.
Quinze ans plus tard. Le souvenir de cette journée tourne en boucle dans ma tête, allez savoir pourquoi ! Toujours la même envie de vomir. C’est la deuxième fois que je vois la mort. Cette fois elle est dans le cercueil de papa...
|