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Les cascades du Trocadéro |
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Il transpirait. C’était anormal de transpirer autant, sans doute avait-il de la fièvre. Que faisait déjà tante Geneviève jadis pour enrayer la température ?
Un bain froid ; mais il ne se voyait pas prendre une chambre d’hôtel juste pour se plonger dans une baignoire glacée. Alors il continuait de marcher en transpirant et en bras de chemise, la veste de serge noir autour du bras et le pull de laine rouge en boule au fond du sac. Certains passants se retournaient sur lui mais il n’en prenait pas ombrage, sans doute parce qu’il ne les voyait pas ; il ne voyait plus rien d’ailleurs qu’un trait blanc horizontal par lequel filtraient les informations indispensable à sa marche qui devenait à chaque pas davantage hésitante voire clownesque pour ceux qui auraient pris le temps de l’observer déambuler ainsi. Le bruit étouffé de ce qu’il prit pour une cascade le ramena un temps à la réalité ; c’était un arrosoir automatique dans les jardins du Trocadéro qui déversait à intervalles réguliers l’eau de la Seine sur les pelouses d’un vert étrange tirant sur l’orange ; il se coucha sur la trajectoire du jet, ouvrant la bouche, riant de cette manne providentielle, se vautrant dans les flaques ridicules comme il se vautrait enfant dans la boue et la vase de l’étang du Long, derrière la maison de la tante. Il ne transpirait plus, d’ailleurs la fièvre semblait être tombée, il souriait tandis que se teintait de rouge, sous lui, l’herbe tendre.
Un touriste Coréen hilare et bedonnant fleurant bon la vinasse à 25€ le verre lui tira le portrait tandis qu’il rendait son dernier souffle ; la photo était floue, un peu comme avait été sa vie.
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