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Nous partîmes à la pêche, chacun suivant son chemin. Moi, ignorant tout de sa présence, elle, épiant mes moindres faits et gestes, me surveillant discrètement.
J’avais eu bien du mal avec mon attirail. Le panier de victuailles attaché à grand renfort de bouts de ficelle sur le porte bagage, le litre de rouge fixé sur le cadre, ma canne à pêche dans le dos. Cahin-caha j’avais pris le chemin conduisant à l’étang du Père Lafleur, chaotique avec un sacré coup de cul sur la fin du parcours. J’avais encore de beaux restes mais j’étais arrivé complètement épuisé, le palpitant battant à près de cent cinquante. Suzie se fait attendre. C’est pas plus mal car je n’ai pas encore totalement retrouvé ma pleine forme. Suzie est une carpe qui, au dire des anciens, doit bien faire dans les quatre vingt livres. C’est moi qui l’ai baptisée ainsi en souvenir de mon Ex. qui m’a tant fait suer.
Elle aussi de son côté s’apprête pour la pêche au gros.
J’ai une touche. Je ne suis pas sûr que ce soit Suzie, mais c’est gros et sa se débat fort. Je suis en nage, un point de côté.
Elle a ferré, elle aussi.
Enfin je la vois qui lutte pour m’entraîner, se dégage. Mais je tiens bon. Ca fait mal mais je dois tenir. La voici qui sort de l’eau, je mouline, je n’en peux plus.
Une voix par-dessus mon épaule me demande si ça mord. Je réponds que oui, j’ai des frissons. Une barre au travers de la poitrine. La vue qui se trouble.
- Moi aussi ça mord me dit-elle en aiguisant sa longue faux.
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