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Soirée campagnarde
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Écrit par Zanzibar
  
c'est pas de sa faute à Léon...


Il se releva et les montra à la jeune femme, priant pour que ses mains ne tremblent pas.
Je les ai trouvés là, sur le petit muret, en rentrant du travail. Je ne sais pas pourquoi j’ai regardé là, spécialement. Ah si, je sais, je voulais refaire mes lacets. Et je les ai vus. J’ai dû bien regarder, je ne comprenais pas. Vous savez, je ne traîne pas, d’habitude. Ma mère m’attend, tous les jours je rentre à 18 heures, elle m’attend sur le pas de la porte, alors, vous comprenez, si je suis en retard, elle me punit, et je reste enfermé toute la nuit dans la grange à cochons, sans manger, ni boire et les cochons, y me mordent, y z’ont faim, aussi…. Et moi, j’ai peur du noir… Ces doigts, je ne comprends pas ce qu’ils font là. D’habitude, je rentre vite. Et là, ces doigts….sanguignolents… on dirait bien des doigts de femme, hein ? Vous avez vu ? c’est les doigts du milieu ….. Ma mère, quand elle me punit, je lui fais le doigt du milieu dans son dos et puis, après, je pleure, je gémis, mais elle, ma mère, elle est très sévère vous comprenez, elle est obligée. Mademoiselle ? vous savez, une mère, on n’en a qu’une. Et puis, la mienne …… depuis tout petit, elle dit à tout le monde : il m’obéit au doigt et à l’œil ! alors, quand je l’ai vue la Jeanne, assise, les cuisses à l’air, sur ce mur, qui se moquait de moi : « allez, dépêche-toi, Léon, tu vas encore finir dans l’auge à cochons, c’est pas comme ça que tu vas plaire aux filles… », et elle riait, riait, alors, je ne sais pas ce qui m’a pris, j’ai jeté mon vélo, j’ai perdu la tête, j’ai pris mon couteau, celui qui me sert à cueillir les champignons, c’est un cadeau de mon papa, qui est mort à la guerre, je crois, et j’ai tailladé, planté pour qu’elle s’arrête, pour que j’arrive à l’heure, que ma maman soit contente, et qu’elle me donne un bécot sur le front, et que j’aille me coucher dans mon lit…. Alors, quand je les ai vus sur le muret, je ne sais pas pourquoi j’ai regardé là, peut être les mouches, ah non, les lacets, je ne sais plus, alors, j’ai dit à ma mère, appelle la police, j’ai vu un drôle de truc dehors, pas catholique, maman, t'as vu, il est 18 heures, je ne suis pas en retard, mais y’a la mort qui rôde dehors, maman, fais attention à toi. Couvre-toi, aussi, je crois qu’il commence à neiger. Je serai sage, en attendant. Vous lui direz pas, hein, pour les doigts…..


Commentaires
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Sylviane Kerivel  - Etouffant ...   |2008-08-26 21:29:17
Totalement prise dans la spirale et la densité de ce texte, j'ai pas laché...d'un pouce, cette rude "partie de campagne" !!

Réponse de l'auteur :

oui une descente douloureuse jusqu'au point de non retour, atteint dès la descente de vélo... et même avant ! Merci Sylviane !

Albert   |2008-08-27 10:06:53
ça c'est ce qui s'appelle de l'empathie...
Texte émouvant.

Réponse de l'auteur :

merci Albert...

Georges Elliautou   |2008-08-27 10:49:20
Texte oppressant qui traduit une démence enfantine avec une rare intensité.

Réponse de l'auteur :

toujours des com encourageants et sympas, Georges. De ta part, cela me touche.

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