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A force de considérer la musique comme allant de soi, nous avons domestiqué la musique, nous l’avons banalisée, nous l’avons formatée, nous l’avons tuée.
Longtemps ça a été la même chose avec sa femme : c’est pourquoi il vient de l’abattre de trois balles dans la tempe.
Fatigué de ces dernières heures il s’allonge. Enfile un CD de Joy Division dans le Discman, aperçoit l'horizon fuyant à la fenêtre, plonge dans un sommeil fragile, rêve qu'il a du sable plein la bouche.
Il éteint. Ouvre le boîtier gris, insère un autre disque dans l’appareil : Sonic Youth. Il fait le lien. On reste dans la dissonance. Légère dissonance, ça se joue à un doigt sur le manche, un demi-ton, c’est là que tout se joue.
Il sort. Devant lui une tour et des villas parsèment une frange de désert urbain. Un terrain de foot aux buts sans filets, deux trois jerrycans, sur sa gauche : la mer.
Il allume une cigarette : dehors, par habitude. On fume dehors. Dedans c’est le cadavre qui fume !!! Vautré sur le canapé les yeux divergeant, sans doute à fixer les taches sur le tapis, sans doute à se morfondre…
Il enchaîne : Primal Scream : l’album fou, comment s’appelle-t-il déjà cet album avec le footballer américain en pochette et puis toutes sortes de collages plus incongrus les uns que les autres ?
Comment qu'il s'appelle déjà ?
Il se dirige vers la cabine téléphonique. 3 bornes à pied. Un vent du diable, la poussière comme de l'acnée sur la joue. La musique : Tendue, mélodieuse, archi-structurée. Trop ?
Il décroche, compose le numéro des flics, écoute l'interlude musical : toujours pas une seconde de silence cet après-midi.
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