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Ce fut Sally. Sally Heartman. Rien que son nom déjà, sur la petite boite aux lettres. Sally aussi juteuse qu'une nectarine, Sally, La grande dégringolade, La fin avant même le début.
Sally, un mètre soixante neuf, si subtile et lente dans tout ce qu’elle faisait. Même pisser ne lui posait pas problème, quand certaines femmes mariées faisaient ça en horribles jets épais, la porte à moitié ouverte. De fenêtre étroite de salle de bain à fenêtre étroite de salle de bain, nos maisons symétriques.
Sally, jamais vu des yeux pareils, jamais vu des jambes pareilles tondre un carré de pelouse, et la lame qui fauche sans heurts, et la machine qui ne bourre jamais.
Un pot de fleurs devant la fenêtre ; des œillets? Des chrysanthèmes? J’y connais rien en fleurs, des cheveux déployés en pleine nuit, et nos familles qui encombrent tous les intervalles disponibles, et le jardin entre nos deux maisons, des massifs, des rosiers, des haies de ronces à vous trancher un bras, des allées de gravillons à perte de vue dans le sens perpendiculaire.
Sally, si le jardin entre nous brûlait, si mes bras étaient assez grands pour t’étouffer comme un serpent…
Sally me téléphonait. C’était de longues sonneries et puis le silence au bout, ou non, le bruit de deux lèvres collées que je prenais pour du silence.
Moi étendu sur le sofa, on dirait une huître, Sally devant l’écran blême de son ordinateur de l’autre côté du jardin. Et ton collier de perles, ta nuque Sally, une mèche de cheveux qui la zèbre, puis ma main Sally, ma main gantée, fais attention Sally, il n’y a plus rien entre toi et moi, il y a tout, Sally, si c'est ce que tu veux.
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