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Quelqu’un a planté ma graine dans le ventre distendu de ma mère. Il avait dû déchirer sa capote avec les dents, beaucoup d’hommes font cela par ici.
Bon petit nègre de naissance, j’ai grandi trop vite dans l’ombre de mon frère Moussa.
Moussa est mort dans un virage sur la route de Ouaga. Alors je suis devenu cet être longiligne, triste et vorace que vous avez devant vous. Mes yeux brillent comme ceux d’un chien errant devant une canette de bière ou une cartouche de cigarettes. Je le regrette, il y a tellement d’êtres bons autour de moi, à commencer par ma mère adorée. Ma merveilleuse mère.
La ville est entourée de trois collines de poussière grise où l’on dit que des cobras dorment et veillent. Parfois quand je suis soul je me tourne vers eux et leur demande de m’expliquer ce qui se passe, pourquoi je suis ainsi, féroce et sournois. Au printemps les hirondelles s’en vont et le ciel se couvre de nuages bruns. C’est alors que débarquent les Français qui oeuvrent pour le comité de jumelage. Je les fréquente tous, ils m’achètent de la bière, je les accueille, je voudrais pouvoir m’envoler comme eux après avoir réglé mes problèmes.
Ils disent que je devrais me soigner les yeux, disent que je devrais faire attention aux filles de Ouaga, disent que je devrais m’établir à mon compte dans la réparation de vélos, ça fonctionnerait bien par ici la réparation de vélos, ils disent que je suis un malin, que je ne devrais pas croire à toutes ces balivernes, les collines aux cobras, la médecine traditionnelle, tout ça, des sornettes pour vous endormir qu’ils disent… Moi j’écoute leur voix nasillarde qui parle et parle, articule des sons de plus en plus lointains à mesure que je bois à leur santé.
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