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Se souvenir de ce qu'on aime le plus au monde |
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Christopher gare sa voiture rue Gambon et oublie de la verrouiller de l’extérieur. Il descend le trottoir désert entouré de ces maisons typiques du coin, avec la fenêtre du grenier juste au-dessus de la porte d’entrée...
...Dans le temps on laissait une échelle le long de la façade et toute la rue s’animait d’une autre géométrie. Plus maintenant. Il passe devant le bar –tabac de l’Horizon et prend à droite. In extremis il jette un coup d’œil à l’intérieur du bistro, n’y voit rien de spécial, juste le présentoir à cacahuètes en plastique rouge et quelques mouches qui tournent autour solitairement. A ce moment il se souvient de son rendez-vous. Il marche une centaine de mètres vers le centre-ville. Rue Victor Hugo il sonne chez le docteur H. Vous fumez ? Oui. Vous buvez ? Non, plus maintenant. Vous êtes catholique ? Oui. Vous avez déjà pensé au suicide ? Oui, mais pas sérieusement. Vous chantez sous la douche ? Non, plus maintenant. Christopher ressort sur le trottoir et prend une gifle de soleil. Il descend jusqu’à la promenade récemment aménagée le long de la rivière morte. Il aperçoit des enfants qui pêchent. Il s’approche et dans le seau en plastique blanc gigotent des ablettes et des petites gardons scintillant. Sur sa gauche, une fillette est chargée du nettoyage des poissons. Elle pose les bestioles sur la tranche, taille en douceur le long du ventre, les vide de leurs abats, et puis, en maintenant fermement les poissons encore vibrant, elle sectionne les têtes et les jette à l’eau. A ce moment, Christopher se souvient de ce qu’il aime le plus au monde. Il ôte ses vêtements et plonge dans la rivière, atterrit au milieu d’un matelas de nénuphars et se voit doucement s’enfoncer.
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