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La France avait gagné. Y avait eu des sirènes et toutes sortes de cornes et de cris pour nous avertir. Nous on regardait pas le foot. On s’en footait pour ainsi dire.
Y avait eu des bruits sur le boulevard comme des vagues qui déferlent. Une vibration dans l’air. Un truc symphonique. Ça pouvait pas être une soirée comme les autres, même si tu t’en branlais du foot. Sydney et moi on a pris la 505 et on a filé sur les Champs comme des tarés. Un drapeau tricolore est apparu à la portière. Nous on avait rien demandé. On l’a quand même laissé. « Va pour cette fois !» qu’on a gueulé. Arrivés porte de Bagnolet on était déjà rétamés, à crans. Alors en se pointant sur les Champs, je vous dis pas dans quel état il était Sydney. On nous avait promis la fête, du lien social, des danses du ventre stroboscopiques, une communion. On a vu des bandes de types hagards qui se saoulaient dans leur coin, des pingouins en marche le cœur en banquise. Pas une goutte de lien social à l’horizon. Y avait des sifflets, des lumières, un océan de nuques. C’est tout. Un mec a hurlé : « Makélélé sale nègre, bon qu’à enculer les mouches sur le banc !!! » Sydney a vu rouge. J’ai plus rien vu. Quand j’ai rouvert les yeux, le type gisait en se tenant le ventre. Du sang lui coulait entre les doigts. On a tracé. Sydney a tenu à passer chez Prisca en rentrant. Elle nous a dit : « Bin alors les gars, vous venez prendre votre fessée ? ». On lui a donné tout ce qui nous restait, c'est-à-dire presque rien. Sydney avait les dents serrées, des mâchoires de cheval en rogne. Il a voulu mesurer nos bites, je l’ai laissé gagner. On est rentrés chez nous, point final
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