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Imperméable collé au corps elle avance à pas pressés sous une pluie fine et glacée.
Arrivée peur au ventre devant la porte. Premier soir. Elle entre. Son regard balaie la salle constellée de petites tables rondes, et le bar où quelques esseulés trinquent en silence. La pénombre protège les visages dont les contours se devinent, trahis par la lueur des bougies. Pas d’éclairage direct sur ce public qu’elle espère complètement inconnu. Seules les mains sont visibles, immobiles ou soutenant un bavardage amusé. Certaines écrivent, quelques unes pianotent nerveusement.
C’est à elle. Elle avance d’un pas qu’elle voudrait le plus félin possible, vers le tabouret haut qui l’attend au centre de la scène. La musique sourd de tous côtés accompagnée des battements de son coeur. Elle ajuste le micro et les mains se taisent.
Pourquoi a-t-elle accepté ? Des images et des questions défilent dans son regard. De toute façon il est trop tard, impossible de reculer. Cela fait longtemps qu’elle le sait.
Alors, en gestes souples et lents, regard mal assuré, voix posée en équilibre sur ses mots, elle effeuille pages après pages le cahier où elle a couché un peu de cette âme qu’elle laisse échapper.
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