| J'étais bien, j'étais en vacances, j'étais avec mon fils. Marie partait de son coté avec Philippe sur la côte, je ne savais pas exactement où mais quand je les imaginais faire l'amour mon coeur m'envoyait de grosses giclées de sang envahissant mes yeux mes oreilles et comprimant tout mon crâne. A la redescente je pensais à autre chose, je faisais diversion; je regardais les meubles, la pelouse ou la façade de la maison. J'avais un peu le tournis.
Mère je vais prendre un bain. A cette heure là Emmanuel? Oui Ses yeux surpris de mère me suivaient, je disparaissais lourdement dans les escaliers en bois.
En haut, sur le palier j'ai vérifié que le petit faisait bien sa sieste et je me rappelais les mots fous de cette nuit : saloperie de gamin, saloperie de gamin, il était trois heures trente et j'éjaculais sur moi en me répétant ces trois mots. Le petit s'était simplement retourné dans son lit à coté, respirant très profondément. Je m'endormais rapidement.
Dans la salle de bain j'observais mon corps nu dans le reflet d'une glace en pied et alors la voix de ma mère a résonné dans l'escalier, ne prends pas trop d'eau chaude, laisses en pour la toilette de ton fils, je n'ai rien répondu. Dans ce miroir j'avais vu ma mère nue il y a longtemps, je me rappelais sa chatte décolorée, je faisais le parallèle avec moi. Le robinet coulait à grandes eaux et je regardais le ciel qui se détachait dans l'encadrement de la fenêtre. Un carré lumineux perçant le mur bordé par quatre lattes d'aluminium blanc laqué. Visiblement le temps changeait, là haut les nuages d'altitude s'effilochaient jusqu'à se dissoudre dans le bleu d'été.
A quatre heures je suis redescendu vêtu d'un peignoir, la chambre du petit était vide, l'escalier très sombre parcouru d'un courant d'air réfrigérant. Dans le salon ma mère assise dans le canapé portait mon enfant dans ses bras. Il buvait un grand biberon de lait tout en m'observant de ses yeux noirs. Tu veux manger quoi ce soir? Je ne sais pas. Du poisson ou de la viande, il me reste du poulet dans le frigo, ça t'irait du poulet, ca m'éviterait de faire des courses. J'ai répondu que oui, le poulet m'irait très bien. Le petit venait d'engloutir son biberon et aspirait dans le vide. Il faudrait changer le petit. Oui.
Il faudrait changer le petit mais je pensais surtout à Marie. Qu'était dans le sud ouest de la France, en vacances, partie en Kangoo avec Philippe. Un gars actif ce Philippe, passionné de footing et conduisant une voiture imposante, nickel.
Il faudrait changer le petit, ma mère était plantée devant moi et très agacée. Il faudrait changer le petit, il était allongé sur le tapis, je ne sais pas pourquoi il était là, en tout cas il me rappelait un scarabée retourné avec les pattes battant dans le vide. On voit ça en se baladant l'automne en forêt, des reflets bleu acier paraissent de ci de là entre deux feuilles mortes, et alors on retourne les scarabées en cherchant la position idéale, le relief adapté sur le sol qui les empêche de se retourner.
Il faudrait changer le petit, oui et je l'ai pris contre moi, il faudrait changer le petit, son minuscule visage posé sur mon thorax, il faudrait changer le petit et je pensais à mes paroles cette nuit, à ma transpiration fiévreuse et mon avant bras qui branlait. D'un coup je voulais m'excuser d'un coup putain, à cause du souvenir du sperme, la nuit, l'odeur montant du bas ventre, la nuit, m'excuser putain, alors je l'ai embrassé sur la joue le petit, le petit je l'ai porté à bout de bras très haut au dessus de moi, lui ai fait plonger sa tête dans mes cheveux et l'ai couvert de baisers. Je l'ai niché au creux de mes bras et je frottais mon visage sur lui, son ventre, mon nez au dessus de sa couche, je pensais à son pénis, l'odeur acre de l'urine contenue me troublait, une vague de sang a alors buté puissament dans l'impasse de mon crâne. Puis j'ai embrassé le petit dans le cou en lui grattant le menton, en lui caressant la joue. Je pensais à autre chose, je regardais les meubles, pleins de détails dans les yeux.
J'ai vu ma mère plantée là, il faut que je fasse des courses pour ce soir a t'elle fait, j'ai protesté en lui disant que non, je voulais du poulet, du poulet c'est très bien maman. J'emmène le petit a t'elle fait de nouveau , non je vais m'en occuper, j'ai envie de rester avec lui. Elle est partie sans vraiment m'écouter, j'avait le petit dans les bras qui se tordait, j'étais très contrarié. Je l'ai reposé au sol, à même le carrelage et je suis allé dans la salle de bain pour mouiller du coton. Il pleurait en se tordant et j'étais navré, je l'ai nettoyé doucement, puis je l'ai habillé.
J'imaginais la chatte de ma mère grise et je m'apercevais que je ne savais pas si ça existait une couleur pareille à cet endroit. J'ai carressé le front du petit aussi, et comme il pleurait toujours je me suis décidé à aller faire un tour en voiture avec lui derrière. Marie me disait qu'il s'endormait très rapidement ainsi berçé.
On est sorti de la ville de feux rouge en feux rouge puis j'ai pris direction Alençon sur la D18 et on s'est retrouvé dans le flux de la rocade extérieure, celle qui fait le tour à travers les champs plats de céréales. Mère je roule à 135 pour une limitation à 90 est ce dangereux et je revoyais son reflet de vieille flétrie et je m'étonnais de mes idées à mon age et la voiture filait comme un sarcophage.
Le petit dormait maintenant, Marie avait raison, Marie ma garce aux jambes offertes. Les odeurs de son entrejambe se matérialisait sous mon nez, il n'y avait pas grand monde sur la route, la tête du petit semblait détachée de son corps tant elle brinquebalait à la moindre secousse. Je me demandais si les paraplégiques avaient le cou si lâche.
Ma main sur la braguette, je roulais. Ca faisait le troisième cercle autour de la ville, environ 120 kilomètres, j'ai descendu la fermeture éclair de mon pantalon et j'ai carressé mon sexe, d'habitude je fais ça sur l'autoroute. Avec le petit et sur une nationale c'était la première fois. Maman devait s'inquiéter car on arrivait en fin d'après midi.
J'ai pris direction centre ville. Un deux trois cinq feux rouges et j'ai stoppé le moteur, le petit s'est réveillé instantanément, les yeux noirs très foncés. Maman était partagée entre les remontrances et les calins, où vous étiez, t'as vu l'heure, j'étais inquiète, comment il va lui? T'as faim c'est prêt, je vais m'occuper du petit, il y a du poulet dans le four.
J'avais pas faim, du poulet ou du poisson ça me donnait la nausée. A cause de cette journée. Je sentais que ça me filait à travers les doigts. J'avais plus l'habitude des émotions. Je me suis mis à regarder la façade de la maison, les volets et même les ferrures sur la porte d'entrée. Marie devait jouir avec Philippe chaque semaine. Fallait penser à autre chose, se réfugier dans l'imaginaire, je me suis rappelé les scarabées qui gisaient sur le dos, ma mère est apparue : Tu es sûr que tout va bien Emmanuel? Ca va, ca va, et le petit il a bien mangé? Oh oui et il a un sacré appétit, il a mangé toute son assiette! Tant mieux .
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