Si j'etais Dieu je prendrais plaisir à envoyer cette pluie, une fine brume éthérée qui chasse l’air vicié et aspire la lumière pour rejeter des millions d’impacts scintillants. A sa place, je me pencherais sur la terre et essaierais de nous distinguer parmi la masse grouillante d’êtres vivants et de matières en mouvement. Et je nous aimerais comme je les aime. Je les pulvérise trois fois par jours. Ensuite j’émiette une grosse feuille de roncier sur la tourbe, j’attendsqu’elle soit partie pour éviter de subir le soupir quelle crache inévitablement entre ses dents chaque fois qu’elle me surprend à les choyer. J’entends confusément ce qu’elle me signifie par là, quelque chose dans le genre: « Tu ferais mieux de t’occuper de nous comme ça ! De tes enfants comme ça ! » Elle m’a rencontré par hasard en me roulant dessus lors de ma traversée d’un passage piéton. Elle est venue tous les soirs dimanches compris au cour de mes dix sept semaines d’hospitalisation.Dix sept semaines qui m’ont semblées un seul est même interminable jour blanc. Elle papillonnait autour du lit tirant sur mes draps, tripotant les perfusions et pire que tout : Elle me questionnait ! Des interrogations en rafales sur ce que je pensais de…, si j’aimais le, la, les….., Si telle chose me semblait comme ci ou comme ça… j’avais beau rétracter mes sens comme une tortue sa tête, ses mots s’introduisaient dans mon espritcomme autant d’hameçons acérés.
Par bonheur ma mère avait réussi à les faire accepter. Ça avait fichu un sacré patacaisse dans le service, ma mère hurlant pour mon confort psychologique, le personnel arguant qu’un terrarium n’avait rien à faire dans un établissement hospitalier. Enfin un beau matin ma mère débarqua, un sac plastique frappé du logo d’une grande enseigne dans la main et mes chéris sous le bras qu’elle installa avec soins sur une chaise, contre mon lit. Le sac contenant une bonne demi-livre de fraîches feuilles de ronciers, elle s’empressa, sans nul doute pour mon plaisir, d’en émietter une au dessus des parois de verre et ultime attention, elle brandit soudainement dans une posture théâtrale, me gratifiant au passage d’un sonore « TA …TA…TINNNN !!! », mon pulvérisateur préféré : Lejaune citron d’une contenance de sept cent millilitres surmonté d’un bec de métal inoxydable avec retour automatique de gâchette, cadeau de mon douzième anniversaire. Aujourd’hui j’allais bientôt en fêter le dix neuvième.Et le dixième de ma première rencontre avec eux.
Dix ans auparavant, le premier jour de la rentrée, l’institutrice nous avait, par petits groupes, conviés à venir observer ce que nous allions étudier lors des cours de sciences naturelles. Je n’ai de prime abordévidemment rien vu d’autre qu’un amas de brindilles et de feuilles dans une boite de verre aux parois humidifiées. Après concentration, j'ai fini par les distinguer, ce fut un choc! Ces invisibles vivants c'était moi! Plus exactement c’était ma perception de moi-même.Plus je les observais et plus je me comprenais. J’avais découvert une représentation de monidentité profonde et j’ai su que j’allais désormais la déployer à cette image. La première fois fut purement involontaire. Aux fils des jours elle avait pris l’habitude de s’occuper de tout. Jusqu’à prendre en charge, du fait de mes membres plâtrés, mes besoins les plus intimes. Ainsi lorsque jelui signifiais mon envie d’uriner, elle glissait les bras sous la literie, emboitait pénis dans bassin et une fois soulagé, elle emportait le contenant pour le vidanger dans les toilettes.Elle faisait ça très naturellement, pensant sans doute que nos quatre annéesde différence constituaientun infranchissable fossé en matière de relations physiques. Cette fois là, elle tatillonna en vain entre mes plâtres à la recherche du réservoir de plastique. S’impatientant, elle se dressa et tira sans vergogne sur le paquet de couverture afin d’en dénicher l’objet de ses recherches. Elle me lorgna de pieds en tête, sans résultat, et puis d’un coup,semblant s’illuminer d’une pensée, elle disparu et laissa ainsi découverte mes parties non plâtrées.Je l’entendais fureter dans le cabinet de toilette, un petit cri de satisfaction me signala sa découverte du bassin, l’ayant probablement laissé en place lors de la dernière vidange. Elle revint chargée d’un petit air satisfait et puis soudainement se figea. -Ça alors c’est trop drôle ! Je me contentais d’un simple haussement de sourcils en guise d’interrogation. Sur quoi elle enchaina. -Avec tout ce plâtre, couché sur ce drap blanc, je te jure que tu es quasi invisible ! Puis elle se fendit d’un stupide ricanement avant de continuer. -Ma parole on ne voit que ton visage et ton… Je l’ai vu blêmir d’un coup. Je n’avais pas besoin de tenter de me redresser pour savoir de quoi il en retournait, j’avais en effet senti l’effetprovoqué sur mon organe par sa constatation de mon invisibilité. Apres une poigné de secondes d’hésitation et tout en lâchant un nerveux «A la guerre comme à la guerre ! »Elle s’approcha vivement pour s’attaquer au problème.
Moi je vais le lire un jour ou l'autre. J'espère que ça ne me prendra pas 72 heures. Parce que moi, j'ai pas bien appris à l'école.
Réponse de l'auteur :
j'allais dire une connerie: Si personne ne lit j'écris pas la suite, mais si personne ne lit ils s'en foutent de la suite. c'est pourri comme chantage.
Il n'empêche que c'est du bon bricolage, Al. C'est drôle et plein de sagesse. Encore heureux que la sagesse soit drôle de nos jours !
Au prochain épisode pour la voir "s'attaquer au problème".
J'étais pas venue sur tes blogs parce que je n'avais pas saisi que tu avais réussi à poster ton "phasmes."
L aisse moi te dire que je trouve ce texte remarquable, qu'il est totalement limpide et agréable à lire. Très bon style et tout !
A quand la suite ?
Biz
Réponse de l'auteur :
Merci je m'empourpre, la suite est en cours. bizzzzzzzzz